‹ Anthologie des poètes nouveaux. Avec une préface de Gustave LansonChapitre 13 sur 124 · LE PAYSAGE ELU · texte numérisé non relu

LE PAYSAGE ELU

Aux jardins déjà se présage Le pas de la jeune saison ; Avec ton orgueilleux visage En vain lutte encor ma raison.

Belle, si ton amour me dure Aussi longtemps que ta beauté Sur ta poitrine large et mûre Je fais le serment redouté

De renoncer à la présence De tout ce qui compose encor La patrie où mon indolence Eniouit ses nombreux trésors

Et joyeusement je renie, Les eaux, les feuillages, les murs Sur l'espalier d'une autre vie Je cueille des présents plus sûrs.

Au désert de ces jours arides Sous un idéal bananier, Je dérobe à des Hespérides Un fruit d'or jamais le dernier.

L'insensé comble cent corbeilles ; Moi je sais que depuis toujours Toutes les grappes sont pareilles A la vigne du vieil amour...

Et désormais, sous la menace Qui s'abaisse avec tes sourcils, Me voici captif en la nasse Des bras cruels que j'ai choisis :

De ta tresse le feu trop sombre S'il achève de m'éblouir, Je préfère aux plus fraîches ombres L'ombre où brûlera ton désir

Et comme un roi parmi les pierres De son royaume dévasté, Je chercherai sous tes paupières Les vestiges de la clarté.

Guillaume APOLLINAIRE

Né le 26 août 1880.

A fondé Le Festin d'Esope (1903), Za Revue Immoraliste (1905), Les Soirées de Paris (1912).

Œuvres : L'Enchanteur Pourrissant (in-4° tiré à 106 exemplaires, Paris, Kahnweiler, 1909), avec des bois gravés par André Derain; La Poésie symboliste, en collaboration avec P. N. Roinard et V. E. Michelet (in-18, Paris, L'Edition, 1909); Le Théâtre italien (in-8° illustré, Paris, Louis Michaud, 1910); L'Hérésiarque et C'« (in-18, Paris, P. V. Stock, 1910), dont on a beaucoup parlé et qui obtint le plus grand nombre de voix au premier tour de vole pour le prix Concourt, en 1910 ; Le Bestiaire ou cortège d'Orphée, poèmes (in-4° tiré à 120 exemplaires, Paris, Deplanche, 1911) avec des bois gravés par Raoul Dufy, etc., etc.

Collaboration : Revue Blanche, La Grande France, La Plume, Mercure de France, La Phalange, Les Marges, Vers et Prose, L'Intransigeant, Le Soleil, Messidor, Paris-Journal, etc.

A consulter : Alexandre Mercereau : La littérature et les Idées Nouvelles (Figuière éd. 1912)^ Florian-Parmentier, Anthologie-Critique (Gastein-Serge, éd. 1912).

Iconographie : une caricature de Geoffroy dans La Phalange, différents portraits dans les quotidiens : [Le Matin, Le Journal, Paris-Journal, Le Petit Journal, Le Petit Parisien, etc.) en septembre 1911.

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