POETE
Du fond des âges ensevelis,
Le chant initial est venu à ma lèvre
Avec l'ancestrale douleur.
Mère de tous les hommes.
Au chant, j'ai confié peines et joies Inséparables à jamais.
Sanglots pareils, cris de détresse, Appels lointains, agonies dans le soir Et bonheurs épars de la vie Ont vibré dans le chant éternel .
De la terre désolée et de l'océan vide, Sont montés, souffles humains, vers le soleil
La clameur du naufragé dans la tempête Et la paix au havre de grâce,
La crainte des vierges approchées
Et la sérénité des vieillards au couchant,
La plainte du blessé délirant Et l'ivresse des amoureuses.
La haine du guerrier vaincu Et la tendre joie des enfants,
La tristesse du laboureur au bras lassé Et la prière des croyants.
L'adieu suprême des mourants Et l'appel des nouveaux venus Dans 1 allégresse des naissances,
La virile amitié des hommes Et le sublime cri : Fraternité !
Depuis des temps, depuis toujours Les larmes vont en fleuves vers la mer, Les joies s'enfuient vers d'autres rives.
Depuis TEve primitive et solitaire Attendant le premier baiser...