‹ Anthologie des poètes nouveaux. Avec une préface de Gustave LansonChapitre 16 sur 124 · LE BRASIER · texte numérisé non relu

LE BRASIER

J'ai jeté dans le noble feu Que je transporte et que j'adore De vives mains et même feu Ce passé, ces têtes de morts.

Flamme, je fais ce que tu veux.

Le galop soudain des étoiles N'étant que ce qui deviendra Se mêle au hennissement mâle Des centaures dans leurs haras Et des grand plaintes végétales.

Où sont ces têtes que j'avais?

Où est le Dieu de ma jeunesse?

L'amour est devenu mauvais.

Qu'au Brasier les flammes renaissent!

Mon âme au soleil se dévêt.

Dans la plaine ont poussé des flammes, Nos cœurs pendent aux citronniers, Les têtes coupées qui m'acclament Et les astres qui ont saigné Ne sont que des têtes de femmes .

Le fleuve épingle sur la ville T'y fixe comme un vêtement :

Partant, à TAmpliion, docile, Tu subis tous les tons charmants Qui rendent les pierres agiles.

Je flambe dans le brasier à l'ardeur adorable Et les mains des croyants m'y rejettent multiple, innom-

[brablement; Les membres des intercis flambent auprès de moi, Eloignez du brasier les ossements.

Je suffis pour l'éternité à entretenir le feu de mes délices Et des oiseaux protègent de leurs ailes ma face et le soleil.

0 mémoire, combien de races qui forlignent Des Tyndarides aux vipères ardentes de mon bonheur. Et les serpents ne sont-ils que les cous des cygnes Qui étaient immortels et n'étaient pas chanteurs !

Voici ma vie renouvelée.

De grands vaisseaux passent et repassent,

Je trempe une fois encore mes mains dans l'Océan,

Voici le paquebot et ma vie renouvelée, Ses flammes sont immenses.

Il n'y a plus rien de commun entre moi Et ceux qui craignent les brûlures.

Descendant des hauteurs où pense la lumière, Jardins rouant plus haut que tous les ciels mobiles, L'avenir masqué flambe en traversant les cieux

— Nous attendons ton bon plaisir, ô mon amie. — J'ose à peine regarder la divine mascarade.

— Quand bleuira sur l'horizon la Désirade? —

Au delà de notre atmosphère s'élève un théâtre Que construisit le ver Zamir, sans instrument... Puis, le soleil revint ensoleiller les places D'une ville marine apparue contremont; Sur les toits se reposaient les colombes lasses.

Et le troupeau de sphinx regagne le sphingerie A petits pas. Il écoutera le chant du pâtre toute la vie, Là haut, le théâtre est bâti avec le feu solide Gomme les astres dont se nourrit le vide.

Et voici le spectacle

Et pour toujours je suis assis dans un fauteuil Ma tête, mes genoux, mes coudes, vain pentacle. Les flammes ont poussé sur moi comme des feuilles.

Les acteurs inhumains, claires bêtes nouvelles, Donnent des ordres aux hommes apprivoisés,

O Terre, O Déchirée que les fleuves ont reprisée.

J'aimerais mieux nuit et jour dans les sphingeries Vouloir savoir pour qu'enfin on m'y dévorât.

Henri-Martin BARZUN

Né à Grenoble (Isère) le 27 septembre 1881. ', ' 'T-

Co-fondateur de V Abbaye de Créteil (1906-1908). Œuvres : La Terrestre Tragédie :

Poème de l'Adolescence (1903-1904. Edition de " L'Abbaye").

— Poème de l'Homme, (1904-1905). —Chant de l'Idée (1906). Préface par Gustave Kahn, '' L'Abbaye ". — (2« édition, 1908, Mercure de France). —La Montagne, La Terre et l'Amour (1907- 1908. Drame Poétique, 1908, Mercure de France).— Hymne des Forces, Poème Dramatique (1908-1911 . Mercure de France, 1912).

— L'Ere du Drame, Essai de synthèse Poétique Moderne (FiGUiÊRE elC'«, éditeurs, 1912.)

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