‹ Anthologie des poètes nouveaux. Avec une préface de Gustave LansonChapitre 25 sur 124 · D'UN RÊVE AU BORD DE L'EAU · texte numérisé non relu

D'UN RÊVE AU BORD DE L'EAU

Sous un toit clair, si doux, squame de tuiles roses,

Contre qui vient briser en amoureux roulis.

Impatiente émeraude,

La frondaison du voisinage,

Tu sommeilles dans le silence du soleil,

O vieux château que hante un songe !

Au loin de tes lonffs prés moutonnants de ciguës, Grave, un noyer, lourd de lumière, en force vaste, Semble veiller sur ton exil;

De sveltes peupliers adolescents.

Tout frémissants de gemmes nues.

Montent parmi le ciel candide du matin.

Sous un baiser de brise frêle qui frissonne

Brille et s'éveille

Le lac plus bleu qu'un pli de robe d'innocence.

Une montagne

Reluit comme un couteau de marbre au fond du ciel.

Sur le toit du château un lis de pierre veille, Signe hautain scellant l'azur.

Les murs, fardés comme la joue d'un siècle mort, Semblent se recueillir pour un éveil lointain;

O songe clos des rêveries 1

Je suis entré peureusement dans le jardin,

Et seul a répondu à mon regard tremblant

Un long frémissement balancé de fleurs blanches .

Je songe à l'ombre du noyer.

Là-bas, dans le maquis de la montagne,

Aux pentes d'un velours végétal

Où court un hallali éclatant de soleil,

Des toits luisent, pareils à des aciers d'épées .

L'ombre alentie d'une nuée Se promène sur des forêts.

Je songe...

0 château, tu es seul avec moi contre l'heure,

Écoutant le cristal joyeux de cent oiseaux.

Sur nous deux un ciel nu griff'é de nacres claires

Plane, où suaves, transparents.

De longs anges d'Angelico

Vont balançant les lis fervents des encensoirs.

Midi d'un cri de feu menace le silence.

Voici Pheure tissue d'âmes de violettes. L'ardeur calmée du jour agonise dans l'herbe. O clairs roseaux baisés d'un vol de libellules !

Il semble que le vent de ses doigts amoureux Glisse sur l'eau charmée la tendresse des roses .

L'heure, plus belle qu'une grappe de glycines,

Tremble en parfums évanouis

Sur le cœur frais du grand silence vespéral.

Voici que le soleil caresse ton beau songe,

O château suranné !

Plus léger qu'un pétale aux doux vents chaviré,

Le doigt harmonieux du souvenir

Est venu caresser ton beau songe endormi,

Où, couché dans la fraîche oasis du silence,

Parmi le bois du souvenir.

S'endormait ton plus bel amour.

Un soir pareil, Elle revint

Après avoir longtemps guetté

Au loin le blanc oiseau de la voile promise..

Elle revint par le chemin fidèle-à-l'eau...

Voici la nuit. . . Tu rêves, bon château.

Discret et solennel,

Avec mon cœur noyé de délices lointaines ;

Et tu murmures, dans le vent,

L'espoir pâle et fané de la Dame d'antan

Dont le plus bel amour encor frissonne

Aux lèvres closes des fenêtres .

Duingt, août 1911.

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