PAYSAGE
De fines toiles d'araignée tombent du ciel.
Il pleut fin et perpétuel
Du ciel distant au ciel prochain de ma fenêtre.
La cendre minuscule et ténue de la pluie
Choit lentement, comme une trame de soie grise
Brûlée par les années, imperceptible poudre.
Un peu de l'âme omniprésente de la pluie
Vient jusqu'à moi et mouille un peu mon cœur lassé,
La bruine plane sur les toits roses et bleus.
Sur les rochers massifs et gris,
Et sur ce petit village de là-bas,
Hier si clair,
Impuissant aujourd'hui, et cherchant à tâtons
De pointe, avec l'épée luisante du clocher,
L'azur dormant bien haut sur des coussins de pluie.
Un bateau gros et bas
Passe entre les rochers accroupis sur l'eau verte, Avec des voiles couleur du temps et du pays, Pour sa besogne si mer-à-mer de tous les jours...
Et, quelque part, une batteuse mécanique
Ronfle sans répit, ronfle depuis le matin,
Encombrant le silence à plat sous le ciel gris,
Ronfle et vrombit,
Avec son bruit pareil à celui que ferait
Un lourd frelon géant rôdant sur la campagne .
Ploumanac'h^ 1910.