LA DORMEUSE
Lorsque ton bras plié sous ta nuque sauvage
Est encore asservi Par le tranquille faix, par le vaste servage
Du temps et de la nuit,
Mon cœur, pour épargner ces fardeaux à ton rôve,
Lutte inutilement Contre le balsamique opium qui s'élève
De tes jardins dormants.
Ton sommeil est plus fort que toute ma pensée,
Plus grand que mon ennui, Car je porte le deuil de nos saisons blessées
Moins noblement que lui.
Et je puis voir, malgré les lampes infidèles,
Le silence et la mort S'appesantir en vain sur ton souffle dont l'aile
Les porte sans effort!
{Le Bocage amoureux^ 1908-1911.)