ODE
Nous n'avons qu'une chair pour aimer et souffrir,
— Tu le sais, ô chère captive Des milliers de pleurs et autant de sourires ;
Nous n'avons qu'une seule vie !
L'aube qui me réveille avec sa jeune flûte
M'invile à haïr le moment Où dans tes yeux vaincus le sommeil le dispute
Au souvenir de ton amant.
Caresse du réveil, étreintes matinales,
Odeur tiède du lit fané, Vous fuirai-je, fidèle à la douceur rivale
De la lumière où je suis né?
Tu n'as pas un seul pli sur le ventre ; ta peau
Gomme les beaux jours est dorée Et l'ombre ensevelit son désastre au tombeau
De ta chevelure ignorée..
Et pourtant n'est-ce point l'image d'un souci
Sur le front du temps indocile, Ce nuage qu'on voit par la fenêtre, ainsi
Penché doucement sur la ville !
(Le Bocage amoureux, 1908-19H.