‹ Anthologie des poètes nouveaux. Avec une préface de Gustave LansonChapitre 5 sur 124 · ODE · texte numérisé non relu

ODE

Nous n'avons qu'une chair pour aimer et souffrir,

— Tu le sais, ô chère captive Des milliers de pleurs et autant de sourires ;

Nous n'avons qu'une seule vie !

L'aube qui me réveille avec sa jeune flûte

M'invile à haïr le moment Où dans tes yeux vaincus le sommeil le dispute

Au souvenir de ton amant.

Caresse du réveil, étreintes matinales,

Odeur tiède du lit fané, Vous fuirai-je, fidèle à la douceur rivale

De la lumière où je suis né?

Tu n'as pas un seul pli sur le ventre ; ta peau

Gomme les beaux jours est dorée Et l'ombre ensevelit son désastre au tombeau

De ta chevelure ignorée..

Et pourtant n'est-ce point l'image d'un souci

Sur le front du temps indocile, Ce nuage qu'on voit par la fenêtre, ainsi

Penché doucement sur la ville !

(Le Bocage amoureux, 1908-19H.

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