‹ Anthologie des poètes nouveaux. Avec une préface de Gustave LansonChapitre 69 sur 124 · VII. RETOUR A PARIS · texte numérisé non relu

VII. RETOUR A PARIS

Ah! te revoici donc, Paris!

Voici ton soir, voici tes fourmillements de lumière . Hier, dans cette province, au noir d'un silence de pierre, Les étoiles luisaient, et l'on n'entendait pas un bruit. Et dans janvier si grave et si triste, et dans l'infini, C'était étrange à voir, ces âmes au ciel, sans un bruit.

Ce ne sont plus ici que des lanternes,

Mais elles vivent dans un fracas, elles vivent;

Elles font palpiter le brouillard et la foule terne,

Et les vitrines, et les chevaux et les rives,

Et la Seine, qui dort sous les réverbères en fleurs,

Et sous leurs flammes fait des rêves en lueurs.

Je ne vois plus briller les étoiles si pures,

Car il leur faut le recueillement de la terre.

Tes étoiles, Paris, sont sur ton sol, dans tes poussières.

Dans tes ruisseaux, ainsi que des éclaboussures

Du ciel, qui de partout en légions se ruent,

Et qui serpentent dans tes rues,

Et Irissonnantes d'échevellements y volent

Et s'y salissent, mais aus^i les auréolent. *

Ces myriades de clartés et de couleurs,

Ce sont tes astres et tes fleurs,

Que n'éteint nulle brume et que n'a flétris nul hiver.

Ce sont tes astres et tes fleurs, qui dans les vents.

Au cœur même de ce janvier qui glace l'air.

Te font un merveilleux printemps.

Ce sont les fleurs du mouvement, les fleurs sans tige, Ce sont les astres de l'errance et du vertige. Ce sont les astres et les fleurs que ne retient Nul arbre dans l'espace et dans l'humus nulle racine. Déracinés, mouvants, comme tous ces essaims humains Que sur les boulevards tourbillonnants ils illuminent, — Déracinés, épars, pleins pourtant du rythme de l'ordre, Comme tous ces passants, comme ce cœur qu'en ma poi-

[trine Je sens jouir, souflinr, s'élancer, lyrique, et se tordre, — Déracinés mais clairs, divins quoique artificiels, Ce sont les fleurs et les astres du grand Paris, Nés de sa foule, et de son âme, et de ses cris, Et moins sublimes, mais aussi touchants qu'au ciel Les étoiles aux sereines mélancolies.

Car ils sont les vibrations

Les plus vivantes d'une vie

Intensive, innombrable, et qui jeta sa poésie

Dans leurs flottants rayons.

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