VI. LA VOIE EST UN RÊVE
Si j'aime tant longer et regarder la voie,
Quand, la nuit, tout est noir dans l'air,
Ce n'est pas seulement parce que s'y déploient
Les destins humains du tonnerre.
Mais c'est parce qu'elle est, dans l'ombre qui la noie,
Un rêve, un rêve sourd, baigné de calme et de tonnerre .
Elle est un rêve magnétique,
Chargé d'élans profonds, de soudaines lumières,
De courants électriques,
Qui murmurent tout bas l'annonce du tonnerre,
Tout bas, comme Ton parle en rêve.
Elle est un rêve
Qui ruisselle des rails luisants,
Des sémaphores, du talus vert dont la sève
S'épanouit en fleurs, au souffle des grands trains vibrants.
Elle est un rêve,
Mais qui porte la foudre éclatante de l'action.
Et moi, ne suis-je pas un torrent de vibrations
Au fond d'un rêve,
Au fond d'un rêve où crie un brûlant besoin d'action?