‹ Anthologie des poètes nouveaux. Avec une préface de Gustave LansonChapitre 73 sur 124 · SAIGNENT SUR DES DOULEURS · texte numérisé non relu

SAIGNENT SUR DES DOULEURS

Royale adoratrice exclusive du Moi, déesse magnifiant son unique superbe, Elle apparaît de perle en un écrin de rêve, et se veut créatrice absolue des émois.

Elle s'inscrit de pierre au missel de la vie feuilleté chaque jour des prêtres de sa chair, dont s'épuisent les yeux à déchiffrer l'envie que peut représenter ce divin caractère.

Le soir, agonisant sur l'autel de mystère où Font divinisé ses pieux adorateurs, monte avec le parfum précieux des prières, monte vers Elle mais sans atteindre à son cœur.

« Sur des autels d'onyx aux marches de carrare, parmi la perle, et l'or, et l'améthyste rare, je voudrais, ô Beauté! meurtrissant mes genoux, par la prière atteindre, unique, jusqu'à Vous,

Ostensoir d'or céleste en des voûtes hymnaires, Archangélique encens des Aurores d'Espoir, vaporisée Caresse émanée dencensoir dans l'éblouissement d'éclatants luminaires. »

Elle reste de pierre, et du missel de Vie les prêtres de sa chair tournent la page avide, la page de silence impuissante à donner la parole qui doit la faire frissonner.

« Je me voudrais traîner sur tes dalles de marbres, ainsi que traîne l'ombre au pied fier des grands arbres, sans me lasser jamais de contempler sans fin le sphinx mystérieux de ton corps hyalin,

« Calice d'amour mort, de voluptés défuntes, mysticité florale à l'émanant poison de délice mortel, d'ivresses inatteintes, ciboire du nectar d'ambroisiaque boisson. »

Elle reste de pierre et du missel de Vie,

les prêtres de sa chair déploient la page avide

qui aspire leur sang et dessèche leur cœur.. .

... Et les vitraux d'autel saignent sur des douleurs.

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