ON A CRUCIFIÉ LE SOLEIL UN MATIN
Des gouttes d'heures sombres clapotent doucement au silence des cathédrales.
Les filles de l'encens s'angoissent tristement sur la blancheur grise des dalles, et pleurent, des heures.
Les filles de l'encens s'étiolent doucement,
sans plaintes dans les nefs,
elles s'étiolent
et s'étonnent
chastement.
On a crucifié le soleil avec ces vitraux sombres comme des prêtres, comme des heures qui pleurent :
le soleil s'est déchiré aux épines des grands saints peints.
On a crucifié le soleil, et son or sur les dalles saigne.
L'orgue n'a plus sa voix si belle d'autrefois ; il sanglote des psalmodies lentes comme des prêtres, comme des heures qui s'ennuient.
Les filles de l'encens rêvent et pensent : le Dieu doit être bien chagrin,
sans doute, puisqu'il lui faut des lieux si triste de crucifiement, pour prier son grand dédain des choses, que lui sont les humains.
Les heures stagnent, goutte à goutte, au silence des cathédrales.
Les filles de l'encens sanglotent sur les dalles
On a crucifié le soleil un matin !