‹ Anthologie des poètes nouveaux. Avec une préface de Gustave LansonChapitre 8 sur 124 · ODES DU LUXEMBOURG · texte numérisé non relu

ODES DU LUXEMBOURG

Aux gazons renaissants et fidèles que lustre Le vent à petits coups d'ailes, le vent déjà Tiédi dans les parfums dont le premier neigea Des marronniers frôlant l'épaule des balustres.

La feuille à peine tremble au bord du large hiver. Ce qui passe revient embellir ce qui dure. Une femme s'en va sans savoir, avec Tair D'emporter le printemps sur de molles voilures.

Partout s^ouvrent des yeux de fenêtres, d'eaux vives, De sommeils d'eau si verts lorsque le ciel est bleu. L'enfant mène ses jeux près des pierrespensives Que le soir a paré pour le repos des yeux .

Aussi, le cœur gonflé de souvenirs illustres, Lointaine et verte odeur de la France, en passant, Comme je vous respire au séjour bleuissant Des marronniers ombrant l'épaule des balustres.

Là, nous avons redit ensemble Devant les couchantes exaltés L'hymne intérieur qui rassemble Tous les hymnes de la cité.

Redouté des amants crédules Déjà bégayait le tambour, Et tristement il accumule Une ombre avant la fin d'un jour

Où la longue plume dernière Tombe imitant dans la lumière Une étroite feuille du temps

Pour témoigner à notre envie Que dans l'invisible battant L'aile au loin porte le génie.

Que te murmure-t-il, ô noble Luxembourg, Le soir penché sur toi de tout son ciel d'automne Où l'orage et la paix se lisent tour à tour Gomme en un vaste cœur et que tout passionne ?

Moi, je n'ai plus qu'un bruit au creux de mon oreille, Au bord de ma narine une tenace odeur. Mais le brasier secret qui fait vivre ce cœur Pour aveugler mes yeux n'a que trop d'étincelles.

Oui, je me réjouis d'une si belle peine; Loin des souffles impurs elle garae mes jours. Heureuse en vérité la chair d'un seul amour : Elle ne vieillit pas sous la lèvre inhumaine !

[Le Bocage amoureux, 1908-1911.)

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