‹ Anthologie des poètes nouveaux. Avec une préface de Gustave LansonChapitre 9 sur 124 · JOUIR · texte numérisé non relu

JOUIR

Si, dans l'air nu d'été tremblant le frais feuillage, Ta jeunesse se cambre au tronc des peupliers, Le délice est parfois de baiser au visage La source insaisissable en ses cheveux brouillés :

Posséder ce qui fuit, goûter à ce qui passe, Jouir de ce qui fane, aimer tout ce qui meurt Puis sur le sein d'automne ou ta lèvre se lasse De ton ancien désir respirer la rancœur !

L'orgueil d'être mortelle et de n'être point morte

Te compose, ô ma chair, un royal vêtement ;

Tu vis et tu vieillis mais, fougeuse cohorte,

Mille instincts viennent boire au fleuve de ton sang...

Et tu seras malgré les saisons alentour

Un verger dont les fruits brûlent sous le feuillage,

Et qui, rassasié de soleil et d'amour.

S'endort entre les bras d'un puissant paysage .

{Le Bocage amoureux, 1908-1911.)

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