‹ Anthologie des poètes nouveaux. Avec une préface de Gustave LansonChapitre 87 sur 124 · LE JARDIN · texte numérisé non relu

LE JARDIN

Du jardin où tes pas ont chanté tout le jour. Monte vers ma veillée une musique chère , J'écoute encore... Il y a notre grand amour Qui est là. .. Et tu dors, et ta maison se ferme.

Et je me penche à la fenêtre, — il me souvient.

De ta marche récente en l'allée haute vient

Un doux bonheur de mouvement par où s'anime

Le balancement pur des branches et des cîmes...

Oh ! tout ce qui de toi et de ta force intime

Se mut dans l'existence frêle du jardin

Tout le jour, bat et bat sous le soir, et m'atteint. ..

L'élan ressouvenu de tes gestes s'imprime

Au grand cœur de la nuit pressé contre le mien.

... Si de tes pas les assurances sont posées Comme une basse heureuse au lent bruit des ramées Grave, riche, espérant et confidentiel.

Oh! voici que le mûr destin de ma pensée Aussi apprend le beau rythme des balancées D'un horizon à l'autre, à doux bruit, dans le ciel.

Tout le possible bouge au sein de l'irréel. . .

La mesure est scandée au feu profond des moelles...

Et voici, modulant mon grand rêve muet, Et à doux temps battant, hésitant et discret, Le clair rythme piqué de silences légers Du délicat lever, qui tremble, des étoiles. . .

— Et mon esprit touche la vie, empli de toi, Comme au bloc généreux vont, tout émus, les doigts Du sculpteur toucher Tœuvre belle qu'il prévoit...

Ainsi depuis longtemps et seconde à seconde, Ton féminin génie entraîne dans son cours Le frisson partagé de mon rêve et du monde, La musique vivante où s'enchaînent mes jours.

Et maintenant, je ne suis plus à la fenêtre Où l'écho montait lent de tes pas dans l'allée . . . Mais je pense qu'en la paix de la mort, peut-être. Où se seront abolis tous nos gestes vains, Parfois, sur le sommeil des peines et des joies. Sur le néant demi-constellé où poudroie Un peu l'or apâlides souvenirs humains.

Sur la nuit de la terre où le printemps s'éploie Je saurai me pencher comme sur le jardin.

Et d'écouter tes pas, tous tes pas dans ma vie, Je percevrai parmi des rumeurs de matin, Par-dessus des rumeurs d'approches inûnies, Le rythme d'humble utilité de mon destin.

{La Lisière Blonde),

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