‹ Anthologie des poètes nouveaux. Avec une préface de Gustave LansonChapitre 92 sur 124 · FLOTTEMENT DORÉ · texte numérisé non relu

FLOTTEMENT DORÉ

Sur les vallonnements d'en haut, mille genêts Font goutteler leur ocre aux bougeuses merveilles. Légèreté de flammèches en vol ! — lumières ! Et — à travers les mystérieuses corbeilles Sur ce printemps du lond du jeune ciel penchées — Pointillement de claire-voie ensoleillée !

Fêle jaune qui papillonne et qui nous grise

D'une immédiate, et si jalouse splendeur

Que, haletant, l'on s'oflre au mensonge troublant

De croire là, fondue au jour, toute sa vie,

D'exalter l'instant illusoire de son cœur.

Alors qu'on gagne une heure et qu'on dure, et attend,

Tout entouré de l'infaillible enchantement ! . . .

Le vent anime l'or de la rampe tremblante Et balance d'illuminés pas de féerie

Devant la plaine basse et les fonds où s'incline L'intérêt grave, un peu lointain, simple et bleu tendr

— Le doux lyrisme de la ligne des collines.

Et ici, tout cela qui va, vient et se berce I Tout cela dont l'éclat est un grand sortilège Encourageant et subtil autour de ma main !

Tout cela se penche, et se relève, et s'abaisse. Tant et tant et jusqu'à son triste effeuillement... Tout cela joue au bord de l'heure ou ce printemps Comme un berger au sifflotis indifférent. Va rappeler sa belle gloire au long des pentes...

— 0 mon rêve ! toujours quittant les chers aspects Qui t'ont séduit, des courtes minutes vivantes,

O toi, qui reprends ton effort, et qui frémis Après l'humble relais d'or de chaque féerie, O mon rêve, — tant de clairs rideaux balancés, Tant de frêles lueurs de fête, là, tout près, Et tant d'insaisissable et d'irréalisé 1 . . .

Mais : — Toi, toujours aspiré par les doux lointains, Là-bas, où va l'écho des pas du beau printemps, Du beau printemps indiffèrent qui passe et siffle ! Mais : — Toi, toujours, aspiré par les doux lointains, Chaque leurre à son tour ayant fait son office, Ayant fait signe, ayant flotté, s'étant éteint!

{Le Chemin, l'Air qui glisse).

DES FEUILLEES

N'est-il point exaltant, le geste des feuillées Qui se dérobent, qui tournent, près de s'enfuir, Qui — leurs feuilles d'accord — glissent ferment des

[choses?] La joie est au chemin que l'on fait pour cueillir...

L'épaisseur flotte, se soutient et se déforme, De l'inconnu tremblant; chaque geste s'élance... Oh! rien ne se révèle, et voici chaque branche Qui, ayant circonscrit de grands mots triomphaux, Biaise en douceur et soudain laisse la place... Et le feuillage passe, et la phrase adorable, Divinisée aux célestes trous bleus des arbres, Renonce à la leçon humaine et s'abandonne...

Oh! dis-moi qu'il suffit du mouvement jeté,

Et du léger élan et de la frêle esquisse . . .

Ta part s'engage et fuit; mais tout l'arbre s'argente...

Et il suffit — pour qu'un grave cœur sache prendre

Le strict et pur dessin des belles volontés —

De ce léger élan, de cette frêle esquisse

Où se troublent peut-être et tournent court les lignes

Qui menaient dans l'espace un instant de clarté.

{Le Chemin, VAir qui glisse).

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