LA LIGNE EN LAUBE
Vois ce fût, et vois sa ligne que fit plus belle — Dirait-on pas ? — la longue montée entraînante Du souffle de la nuit... Calme, et si pure, et telle Qu'osant à peine, un rayon d'aube la présente...
Sans nuls fragiles agréments, nue et d'un coup, Elle s'évade ; elle est trop belle pour le jour, Pour la vie, et l'agissante hésitation, Et les choses ; elle est comme un regard qui monte Une dernière fois, droit vers le ciel, devant L'approchant, le clair et frêle essaim murmurant... On ne voit qu'elle : elle sort du grand lac de l'ombre En noble jet, lisse et d'or, et qui monte, monte...
Oh ! de même, et mieux apparue en ce moment Où peut-être je sors d'une nuit de moi-même, ' Voici sur tout le sommeil des troubles vivants, Fille de l'irréel, simple, droite et lancée Seule au-dessus du monde, — la pure pensée.
La voici... Dis-moi qu'il mentira tout à l'heure, Le jour qui va la découvrir aboutissant En ce royaume encor si proche de la terre Où le matin révélateur va se glisser, Elle — héroïque — à des souplesses balancées... Dis-moi que 1 attitude est possible et n'est point D'un dieu : inagissant, maître, avec sa pensée Être là, droit... libre malgré le jour qui vient...
Dis-le. — Mais tu ne peux le dire, car déjà C'est l'esprit de la vie, heureux, qui passe et va, Qui s'éparpille et promène son doux feuillage. Qui frissonne, léger, parmi le matin bleu, Qui luit çà et là de joie humble, qui s'attarde, Qui se faufile et peuple l'air, minutieux...
Car voici que surplombe et s'étend la ramure Parmi le jour venu, la mouvante ramure Tout immédiate et charmante, qui murmure. . .
(Le Chemin^ l'Air qui glisse)