HYPERBOLE
Berger du seul troupeau qui broute un peu d'azur Pâle ou sanglant au ^ré de l heure et de mon âme J'ai de cendres blêmi l'aurore — un geste sûr Porte la neige encore au toucher de la flamme Dans la coupe d'opale où mourir la clarté ! Midi flambe dans ma native volupté Sur la roche, pourtant, qu'un ciel vierge a pétrie De gloire éteinte à fleur de terre, — idolâtrie! Vous, Mage, vous fuyez les pins incendiés Pour le noir, dites-vous, de toute cette joie Et ûltrez de la lune au cœur des amandiers Pendant aue le soleil est ma luisante proie : Certes je l'ai scellé dans mes murailles, roi — Orfèvre, et je ferai sur vos rives la loi, O Seine, fleuve ami des teintes, si je livre Autant de diamants que de mots dans mon Livre !
THRÈNE
O Quêteuse, voici l'Avenue au front d'or
Ceinte du jourl C'est là. Tu tâchais d'y sourire
Au savoir, supputant de combien ce décor
Etait plus beau, mon Dieu, que celui de Shakespeare.
Là-bas, c'est le rond-point : y trouverai-je encor
Sous un toit frémissant de feuilles, son empire,
Le buste par la mousse et par les ans verdi
Du Faune qu'il te plut d'appeler Vendredi?
Tes mains cl'aube sur lui fainlement appuyées
Aux apparitions dans les branches noyées.
Mes yeux niaient la pierre et la mêlaient à toi !
Sœur et suavité des nymphes par l'émoi,
Déesse, de plus haut tu riais à ce marbre
Que si mon vers t'eût prise et t'eût muée en arbre
Pour, nue, auréoler de ta chair le soleil !
Car laissant là Cassandre et rêvant à Marie
J'ai su, purifié de toute idolâtrie
Splendide, te sculpter dans un rythme pareil
A l'ingénuité des choses .
Symbolise, Donc, que si la forêt ne m'offre maintenant Qu'un automne rouillé, présage du ponant, Au moins la fiction de la tombe éternise, Par toi, l'or virginal dont tes bras de clarté Ont couronné jadis les tempes de l'Eté!