‹ Anthologie du journalisme du 17e si©·cle © nos joursChapitre 116 sur 171 · LE « CHIC · texte numérisé non relu

LE « CHIC

Entendons-nous sur le sens du mot « chic ».

Le mot chic est laid, mal apparenté. Les mots de sa famille n'expriment généralement que des choses désagréables, vulgaires, répugnantes ou ridicules.

D'abord sa mère : la chique, boule de tabac mâché.

Puis ses frères, sœurs et cousins : chiquenaude, chiquette, chicotin, chicot, chicane.

La chicorée est seule insignifiante, à moins qu'elle ne se frise, et encore aime-t-elle trop à parfumer d'ail sa frisure.

Il n'est pas neuf, ce mot, il est français ; les peintres l'emploient depuis très longtemps dans ce sens : « un artiste qui peint de chic », c'est-à-dire sans étude approfondie, avec adresse, avec un sentiment de la tournure et de l'effet.

Pris dans cette acception, il procède directement du mot allemand 5cAicA-, qui veut dire aptitude, tour. Dure, habileté.

Quelles que soient ses origines et ses déviations, il est laid, mais nécessaire.

Il absorbe à lui seul une foule de sens. — Ce qu'on nommait le goût, la distinction, le comme il faut, la fashion, la mode, l'élégance, se fondent dans le chic. Nous ne parlons pas du cachet. Les chefs de rayon et les blondes lingères disent seuls : « Voilà un artiste qui a du cachet. »

Le chic ne se définit pas, il se proclame; il se manifeste par plusieurs apparences que nous nous sentons la fantaisie d'observer.

Le chic...

Nous avons compte combien de fois le mot grâce se trouve dans l'air d'Isabelle au quatrième acte de Rohert, quand elle défait ses nattes devant le chevalier normand et balaye le plancher du théâtre avec les robes coûteuses de l'administration : krente-deux fois.

Le chic...

Il est difficile d'évaluer dès ce début combien de fois le mot chic pourra être compté quand sera venue la fin de celte esquisse. Pour qu'il ne soit pas trop apparent, il peut, sans inconvénient, n'être plus sou-

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ligné, mais le total sera énorme. Impossible, pourtant, de le dissimuler par des périphrases.

... Le chic se loge, avec le caprice du lierre, dans tous les interstices de la vie et de la société.

On a ©u on n'a pas de fournisseurs chic. Les tailleurs, les modistes et les bottiers en boutique ne sont pas réputés chic. Ils sont classés comme fournisseurs de passants, d'étrangers sans bagages, de Brésiliens pressés.

Il y a des salons chic, sans raison appréciable : rien ne semble les recommander à l'empressement de ceux qui s'y rencontrent en foule, ni la naissance, ni les alliances, ni l'esprit, — qui n'est jamais chic, — ni la beauté de la maîtresse de la maison, ni la délicatesse de la cuisine, mais presque toujours la fortune.

L'argent est toujours chic.

Certaines villes peuvent être chic. Rouen, Lyon, Marseille sont de grandes et intéressantes villes.

Mais Bordeaux est chic.

On a beaucoup parlé de chapeaux, depuis quelque temps : depuis l'importation anglaise de chapeaux à forme un peu basse, ces chapeaux sont chic.

Les chapeaux très hauts, fortement cintrés, aux bords largement galonnés, affectant, par la courbe qui finit en pointe sur le devant et sur le derrière, la forme d'un youyou renversé, et jouant, sur la tête du monsieur qui a commandé ce monument imposant, le rôle, non plus d'un chapeau, mais d'un chapiteau, — ces chapeaux-là, spécialement recherchés par les petits hommes qui veulent se grandir, ne sont pas chic.

Acheter des curiosités, des tableaux, là où ils se trouvent, même chez les marchands, n'atteste que du discernement, du goût et des notions d'art.

Acheter les mêmes objets en vente publique, c'est le vrai chic. On a pouss'é contre lord H..., quel chic!

Le chic adopte certains théâtres et refuse son prestige à certains autres qui, du reste, n'en sont ni plr.s ni moins prospères. Voici comment se distribue le chic en cette matière :

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