‹ Anthologie du journalisme du 17e si©·cle © nos joursChapitre 115 sur 171 · NESTOR ROQUEPLAN · texte numérisé non relu

NESTOR ROQUEPLAN

Nestor Roqueplan, qui naquit dans les Bouches-du- Rhône, se piqua d'être le plus Parisien des Parisiens, iiu point de ne presque jamais quitter le boulevard. C'est lui qui inventa le mot de « parisine » pour dé-Uni r ce qu'il y a de caractérislique dans la mousse de l'esprit jiarisien. Il débuta sous la Restauration au frondeur Figaro de Bohain. Son nom se trouve parmi les sig-nataires de la protestation des journalistes contre les ordonnances, en 1830. Mais c'est sous le règrne de Lou's-Philippo qu'il conquit sa g-rande notoriété de causcuj* étincelant et d écrivain spirituel, jointe à cel!e de j)arfait dnndy, régnant entre la Chaussée-d'Anlin et la rue Drouot. C'était son domaine, qu'il faisait profession de :>réféi'crà toutes les beauté» de la nature. — « Voyez, ciis:jit-il un jour, en regardant pa»s;r le chariot des plantations mi*:ucipales, les arbres eux-mêmes s'ennuient lo'.Iement à la ca4npag-ne qu'ils viennent se faire planter à Paris! » — Caronic^ueur brillant, incomparable improvisateur de « nouvelli-s à la main », ii fut hanté par le démon des directions tlicAtrales, et, part: du petit théâtre du Panthéon, il dirigea successivement les Nouveautés et les Variétés. Jl prit, en 1847, la direction de l'Opéra, puis celle de l'Opéra-Comiqae et cnûn celle du Châtelet. 11 n'y fut pas généralement favorisé par la chance, m?is une aimable insouciance faisait partie de ses habitudes d'cJégance. Il y u<;Tiantitié d'anecdotes, vraie» ou fausses, sur les ruses qu'il déployait pour ne pas écouter la lecture d'un manuscrit. — « InstallcrvcuH sur ce fauteuil, disait-il 5 un vnudei-illiste moi je m'étendrai sur ce divan. )> L'auteur ceinnîcnce !a lecture de sa pièce, s'échouQ^, joue tous les pClcs. A un

moment donné, il tourne les yeux vers le directeur : celui-ci avait disparu mystérieusement, grâce à une porte dissimulée derrière le divan. Mais les auteurs prenaient parfois leur revanche : c'est l'aventure de Siraudin s'introduisant, déguisé en maçon, par une échelle, dans son cabinet; c'est celle de Glairville le surprenant au bain froid et lui lisant une pièce dans l'eau; c'est celle de Dumanoir, le ligotant à un arbre, dans un jardin d'Auteuil.

Théodore de Banville, en poète, a dessiné un portrait un peu fabuleux, mais délicieux, de Roqueplan, subtil épicurien, poussant jusqu'au génie la fantaisie. C'est Roqueplan qui mettait soigneusement dans un tiroir toutes les lettres qu'il recevait, sans les avoir ouvertes, et. assurait-il, les choses s'arrangent exactement aussi bien ou aussi mal que si on avait lu les lettres et si on y avait répondu. « L'auteur de Parlsine, dit Banville, avait dans un grenier, au-dessus de ses appartements, une collection de lits habillés d'étoffes précieuses ; or, chaque jour, suivant la disposition d'âme et d'esprit de son maître, un valet de chambre, prodigieusement intuitif, descendait et dressait le lit bleu, le lit violet, le lit écarlate, le lit cramoisi ou le lit bouton-d'or. » Pour l'ancien habitué de la « Loge infernale », pour l'ancien dandy et le narquois philosophe qu'avait été Roqueplan, il eut l'inélégance de devenir un peu chagrin, sur le tard. Ses. dernières chroniques, réunies sous ce titre : Regain, trahissent un peu trop le regret du temps passé et le dépit du temps présent.

Il faut bien avouer que l'esprit de Roqueplan n'a pas laissé que de se faner. Ce n'est guère que son nom qui a survécu, mais il faut se reporter à l'époque où ses paradoxes avaient le piquant de 1 imprévu.

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