‹ Anthologie du journalisme du 17e si©·cle © nos joursChapitre 12 sur 171 · RIVAROL · texte numérisé non relu

RIVAROL

Un dilettantisme aristocratique caractérise d'abord Rivarol. Dans le Journal politique national il philosophe plus qu'il ne polémique, et, avant de se décider tout à fait pour la cause royaliste, il a louvoyé quelque temps. Une fois son parti pris, il n'épargne guère plus, d'ailleurs, ses amis que ses ennemis : « Lorsqu'on veut empêcher une révolution, écrit-il, il faut la vouloir et la faire soimême : elle était trop nécessaire en France pour ne pas être inévitable. » Lui qui a tant d'esprit, il garde, même en défendant les idées monarchiques, une hautaine indépendance, — fût-ce à l'égard de ses lecteurs : «Quelquesuns de ces lecteurs se sont plaints du style de nos résumés ; ils prétendent que cette manière d'écrire donne trop à penser, et qu'il n'existe point de journal où l'on ait si peu d'égards pour eux... Nous les avertissons que nous ferons rarement le sacrifice de notre manière... D'ailleurs, si nous descendions toujours, pour leur épargner la peine de monter, nous laisserions la bonne compagnie qui nous suit depuis lontemps, et qui est plus aisée à vivre qu'on ne pense , puisqu'elle n'exige pas qu'on sépare les égards qui lui sont dus de ceux qu'on doit ù la langue, au goût, au véritable ton et à la majesté de l'histoire. « Il se définit ainsi lui-même parfaitement, il pense être toujours dans les salons, où il était un merveilleux causeur, disant des choses sérieuses avec une grâce frivole, élevant les choses frivoles jusqu'à en dégager de la pensée, ayant surtout dos opinions originales, « salué à la ronde à chaque coup de griffe », incisif au point de se moquer de lui aussi, après son mariage malheureux avec une aventurière qu'il avait faite aussi facilement grande dame qu'il s'était créé lui-môme grand seigneur, en dépit de son humble origine : « Je m'étais

visé de médire de l'amour : il m'a envoyé l'hymen pour ■ venger. »

Le journaliste, enRivarol, sera le mieux représenté par à traits et par les maximes parfois contradictoires où > retrouve « le grand maître de la causerie ».

— Le peuple donne sa faveur, jamais sa confiance.

— Les droits sont des propriétés appuyées sur la puissance: si la puissance tombe, les droits tombent aussi.

— Le génie, en politique, consiste, non à créer, mais à conserver; non à changer, mais à fixer. Ce n'est pas la meilleure loi, mais la plus fixe, qui est la bonne.

— Il en est de la personne des rois comme des statues des dieux : les premiers coups portent sur le dieu même; les derniers ne tombent plus que sur un marbre défiguré.

— L'imprimerie est l'artillerie de la pensée.

— Voltaire a dit: « Plus les hommes seront éclairés, et plus ils seront libres. » Ses successeurs ont dit au peuple que plus ils seront libres, plus ils seront .'claires, ce qui a tout perdu.

— Malheur à ceux qui remuent le fond d'une nation.

— La philosophie étant le fruit d'une longue méditation et le résultat de la vie entière, ne peut, ne

!oit jamais être présentée au peuple, qui est tou- ^ )urs au début de la vie.

— Quand Neptune veut calmer les tempêtes, ce n'est pus aux Mots, mais aux vents qu'il s'adresse.

— Les vices de tous ont commencé la Révolution; le» vices du peuple l'achèveront.

— II faut attaquer l'opinion avec les armes de la raison : on ne tire pas des coups de fusil aux idées.

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