LE PIA^O DE ROSSINI
Je me serais aussi prosterné sans efforts devant le génie qu'il est impossible de ne pas reconnaître à M. Rossiui. Mais on a voulu lui immoler la renommée des nôtres, et j'ai senti que j'étais de mon pays. Or, attendu que le soleil a des taches, j'ai pu trouver sans mentir que de beaux ouvrages n'en étaient pas exempts. Voilà toute l'histoire, dont, au reste, M. Rossini parcourt plus d'une fois les chapitres, malgré l'indifférence qu'il affecte à l'égard de la critique. Très souvent, chez Tortoni, on l'a entendu dire : Charles Maurice est-il arrivé ? Ce qui veut dire : le journal; cette définition est reçue. S'il y a dans la feuille quelque trait sur le maestro, les garçons se hâtent de répondre négativement; mais il n'est pas dupe. Ce matin, en insistant, il a ajouté ; Quoi qu'il puisse dire sur mon compte, il ne fera jamais mieux que ceci, qui m'a bien fait rire :
a On vient de planter en Amérique le tout petit arbre d'acajou qui doit produire le bois dont on fera le piano sur lequel M. Rossini composera la musique de l'opéra qu'il a promis. »
C'est qu'aussi le grand compositeur n'en Cuit pas de la partition qu'on doit lui payer cent mille fraucsl Figaro dirait encore : « C'est comme si je n'avais pas promis. >
(10 octobre 183i.)