CUVILLIER-FLEURY
Après avoir été secréttàre de l'ex-roi de Hollande et précepteur du duc d'Aumale, Alfred-Aug-uste Cuvillier-Fleury entra en 1834 au Journal des Débais, où il devait donner une longue collaboration. « Il y avait trouvé sa place toute faite, a dit Monselet, dans ce groupe d'hommes diserts et classiques, admirablement dirigés, selon les besoins de l'époque, par MM. Bertin, ces grands maîtres du journalisme. Ses débuts avaient été des articles de fantaisie (dans le sens le plus sage du mot), des lettres datées d'un peu partout, selon les hasards de ses pérégrinations officielles'. Sa position particulière dans le inonde lui créa bientôt une position particulière dans le journal : il fut le trait d'union entre les salons parisiens et les bureaux de la rue des Prètres-Saint-Germain l'Auscrrois ; il se tint au courant de tout avec sa curiosité un peu fébrile. Celte prétention A être bien de son temps, en dépit de ses tendresses pour le passé, à vivre de la vij de son époque, à se mêler aux luttes écrites; ce besoin de jeter son fer, si mince qu'il fût, dans la balance, celte ambition et ce besoin, M. Cuvillier-Fleury les a toujours eus. »
La révolution de 1848 le surprit et le déconcerta, et il apporta une sorte de véliémence, qu'il ne soupçonnait peut-être jias en lui, à combattre les idéos dénmcratiqucs. Sous l'Enii ire (il ne pouvait oublier ([ii'il avait connu les llonaparte dans lexil , il se tourna plus volontiers vers les questions littéraires que vers les questions politiques.
1. r.iivillier-Fleury était reste secrétaire des commandements du duc d'Aumalo.
H fut élu membre de l'Académie en 1866. En littérature il aimait peu les novateurs, et il ne laissait pas parfois que de se tromper dans quelques-uns de ses jugements. « M. Cuvillier-Fleury, a-t-on dit, n'a jamais eu de jeunesse littéraire ; dès ses premières pages il s'est montré ce qu'il devait être. A l'état calme, il cherche la bonhomie et T arrive. A l'état orageux, l'amour du pouvoir le ressaisit. Alors, il a le ton de la leçon, la sévérité gourmée. » Plus justement, on Va appelé « un homme de transition « entre des époques très diverses. En 1873, il ne put admettre la fusion monarchique qui réconciliait les princes d Orléans avec le comte de Chambord, et il fit son adhésion à la république conservatrice. — Ses articles du Journal des Débats ont été réunis en plusieurs volumes : Portraits politiques et littéraires, Etudes historiques et littéraires, Nuuvelles Études, etc. On a aussi publié sa correspondance avec le duc d'Aumale. Octogénaire, il était devenu aveugle, mais il se faisait conduire aux séances de l'Académie, auxquelles il restait assidu.
On lira de lui, avec agrément, ce portrait de Jules Janin, son collaborateur des Débats, qui jadis s était mêlé (comme il se mêlait à tout) à une querelle entre Cuvillier- Fleury et Gustave Planche.