‹ Anthologie du journalisme du 17e si©·cle © nos joursChapitre 14 sur 171 · LES ACTES DES APOTRES · texte numérisé non relu

LES ACTES DES APOTRES

Mais, selon l'expression de Rivarol lui-même, « tous les grands coups ont été frappés )>. La Révolution ne peut plus être endiguée. Alors, Rivarol abandonne le ton philosophique qu il a gardé dans le Journal politique national La Révolution, il la combat avec d'autres armes, avec des flèches acérées — et souvent empoisonnées — par .0. raillerie, en cherchant à la ridiculiser. Et il est au premier rang des tirailleurs àcs Actes des Apôtres. « Les Actes des Apôtres, a dit M. de Lescurc, l'historien de Rivarol, c'est la Révolution mise en vaudeville, la réaction en ponts-neufs. C'est l'entreprise insensée, courageuse, frivole, puissante, bannie, originale, insolente,

ti-rile, de gens prêts à tout sacrifier à un bon mot. C'est imc Fronde rontre-révolutionnaire, une carnuvalade politique. C est la parade de l'échafaud, jouée par des suspects en belle humeur ; c'est un pique-nique de médisances, une débauche de satire, une orgio de personnalités. C'est Tacite avec des grelots, Montesquieu avec une marotte,

Il de Maistre brouillé avec du Beaumarchais, du Voltair»' Miàliné de Vadé. C'est la politique à coups de poing, la philosophie à coups de silHet. C est une carmagnole de sans-culoltcs ù talon rouge, un club d aristocrates gras-

seyant la langue des faubourgs. » Rivarol se rencontre là aA-ec Chanpcemetz, « son clair de lune », Peltier, Monilosier, Suleau, qui expiera, massacré, sur la terrasse des Feuillants, ses attaques contre Théroigue de Méricourt, Langnon, Mirabeau cadet, etc. D'ailleurs, Rivarol se décide à émigrer et à quitter Paris le 10 juin 1792.

Ce que fitt cette guerre de plume des Actes des Apôtres {i789-1791), par les « mousquetaires de la contre-révohtion », on ne peut ici en donner qu'une idée sommaire ^ar quelques citations de ces « échos » mordants. Ce sonties parodies comme celle du songe d'Athalie :

Oui, je viens dans un temple adorer Mirabeau...

de prétendues copies d'actes officiels, ou d'imagnaires comptes rendus des séances de l'A-Ssemblée, dans ce goût :

Un ennemi de la Révolution. — Messieurs , on pille, on brûle, on assassine.

Réponse. — La question préalable !

M. de Robespieure. — Ces accidents ne proviennent que d'une méprise.

Le côté droit. — Messieurs, mettez fin à tant d'horreurs. En Bourgogne, en Limousin, en Périgord, on brûle les châteaux...

M. DE Robespierre. — Ce sont les aristocrates qui égarent ce bon peuple.

Ou ce sont des dialogues des morts et des vivants, ou des couplets narquois.

•Depuis longtemps nous gémissions

Sous un joug despotique.

Et point alors ne connaissions

L'esprit patriotique.

Mais tout a bien changé de ton, La faridondaine, la faridondon!

Kous sommes libres aujourd'hui, Biribi,

A la façon de Barba ri, Mon ami.

Nos aïeux, avec leur bon sens,

Etaient bien en arrière.

Leurs neveux. à pas de géants

Marchent dans la carrière.

Plus d'hommes, de railigion, La faridondaine, la faridoudon.

L'intérêt règle tout ici,

Biribi, A la façon de Barbari, Mon ami...

Les couplets abondent, sur tous les timbres du temps :

Plus de nobles, ni clergé,

Ni magistrature.

Partout est l'égalité,

La pure nature !

Va-t'en voir s'ils viennent, Jean,

Va-l'en voir s'ils. viennent.

Au lieu d'argent monnayé

Dont le poids assomme.

On nous donne du papier

Qui vaudra tout comme...

Va-t'en voir s'ils viennent, Jean,

Va-t'en voir s'ils viennent.

Ln gfuillotine elle-même a été raillée, sur lair du Melet d'Exaudet :

Guillotin,

Médecin

Politique, S'avise un beau malin Que pendre est inhumain Et peu patriotique.

Aussitôt

Ll lui faut

Un supplice Qui, sans corde ni poteau, Supprime du bourreau

L'office, C'est en vain que l'on publie Que c'est pure jalousie

D'un suppôt

Du tripot

D'Hippocrate, Qui, d'occire impunément

Se flatte.

Le Romain

Guillotin,

Qui s'apprête.

Consulte gens du métier Barnave et Chapelier, Même le coupe-tête,

Et sa main

Fait soudain

La machine Qui proprement nous tuera Et que l'on nommera

Guillotine.

Les épigrammes sont innombrables : telle celle-ci sur le duc d'Orléans, qui a fait ôter les fleurs de lis de ses armoiries :

Un ci-devant prince de Gaule, Mais qui n'est qu'un franc polisson, Fait rayer de son écusson Ce qui lui manque sur l'épaule...

Quand les Actes des apôtres disparaissent, le Journal de la Cour et de la Ville, qu'on appelle communément le

lit Gautier, du nom de son fondateur, continue cette i-otile gruerre de plume, plus violemment encore, jusqu'à l'écroulement de la monarchie, le 10 août 1792. La violence n'est pas d'ailleurs le fait des seuls révolutionnaires : les Actes des apufrcs elle Petit Gautier réclament^ eux aussi, la suppression de leurs adversaires :

Quinze milliers de potences

Qui seraient fort bien en France...

Le Petit Gautier, dans sa fureur de réaction, attaque même les volontaires qui se lèvent pour la défense de la patrie :

Ils n'ont vu, ces pauvres garçons, Le feu 'que devant leurs tisons,

Et vont sur la frontière.

Ah! qu'ils vont croquer d'émigrants!

Car ils sont gens, car ils sont fou...

Oui, gens foudres-de-guerre.

Des railleries allant jusqu'à cette aberration indiquent «xpressivement l'état d'esprit contre-révolutionnaire.

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