‹ Anthologie du journalisme du 17e si©·cle © nos joursChapitre 15 sur 171 · CAMILLE DESMOULINS · texte numérisé non relu

CAMILLE DESMOULINS

« Voilà donc la récompense destinée au premier apôtre de la liberté! » s'écriait Camille Desmoulins sur l'écliafaud, évoquant cette journée du 12 juillet 1789 où, dans le jardin du Palais-Royal, invitant les citoyens à prendre des feuilles d'arbres, « cocardes vertes, couleur de l'espérance », il appelait le peuple aux armes. C'était, dans son premier pamphlet, la France libre, la fièvre do l'enthousiasnie pour l'ère nouvelle qui s'ouvrait : « îl y a peu d'années, écrivait-il, je cbercbais partout des âmes républicaines, je me désespérais de n'être pas né Grec ou Romain... Mais c'est à présent que les étrangers vont regretter de n'être pas Français... Fiat, fiât! Oui, tout ce bien va s'opérer, oui, cette réA'olution fortunée, cette régénération va s'accomplir, sublime effet de la philosophie, de la liberté et du pati'iotisme ! » — Puis, c'est le Discours de la Lanterne aux Parisiens, où se donne carrière toute la fougue du journaliste -né qu'est Camille Desmoulins, exaltant ce qui s'est déjà accompli de grandiose, exposant la vaste tâche qui s'offre encore pour étoufFcr tous les germes de l'aristocratie. C'est de la Lanterne, que l'exaspération populaire ti*ansforme en potence, qu'il s'agit : « Quand on ne fait pas justice au peuple, il se la fait à lui-même ». Cependant, cette Lanterne à laquelle Camille Desmoulins pi-ète la parole, si elle reconnaît que « bien des scélérats » lui ont échappé, déclare « qu'elle n'apura point une justice trop expéditive >> et qu'elle veut préalablement un interrogatoire et la révélation de nombre de faits ».

Le 28 novembre 1789, Camille Desmoulins fait paraître les Révolutions de France et de Brabant, journal hebdo-

madaire, sorte do brûlot, plutôt, qui se poursuivra jusqu'au 24 juillet 1791 . Là se répand abondamment la verve, l'esprit incisif, mêlé de gaminerie, parfois, réloquence chaleureuse de Camille, qui, en ses jugements liâtifs, en ses contradictions, en sa mobilité même, représente pins ffue tout autre, pendant deux ans, l'opinion de Paris. L'âme de Paris bat, en effet, dans ces feuilles violentes, frondeuses, généreuses aussi. De ses variations, Camille Desmoulins se défendait par un mot spirituel : « Ce n'est pas la girouette qui change : c'est le vent. » Le polémiste est merveilleux et redoutable. En 1791, Marat, qui l'a appelé le « Paillasse de la liberté », est l'objet d'une éblouissante riposte. Slarat lui a aussi repi'oché sa jeuliesse. « Evidemment, répond Camille, tu as sur moi le as de l'ancienneté : il y a vingt-quatre ans que Voltaire est moqué de toi... Mais tu auras beau me dire des injures, tant que tu n'extravagueras que dans le sens de la Révolution, je persisterai à te louer, par ce que je pense que nous devons défendre la liberté, comme jadis la ville de Saint-Malo, non seulement avec des hommes, mais vec des chiens, u Le dernier numéro des Révolutions sera iriglant pour La Fayette, « libérateur des deux mondes, ur des janissaires-agas, phénix des alguazils-majors, on Quichotte des Capets ».

Dans cette période de batailles où la gaieté est aussi T'.e arme, Camille, avec un caustique bon sens, est amené :i jour à réfuter les théories des disciples de Mably qui uhaiteraicnt une société Spartiate. Il rêve, au contraire, le société libce, embellie par les arts, s'accommodant vec légalité, car il proteste contin; le décret qui exige ri revenu pour être électeur, « citoyen actif ». Les ciyens actifs, s'écrie-t-il, ce sont ceux qui ont pris la ! aitille! »

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