‹ Anthologie du journalisme du 17e si©·cle © nos joursChapitre 151 sur 171 · UX PARAGRAPHE EN FAVEUR DES FEMMES · texte numérisé non relu

UX PARAGRAPHE EN FAVEUR DES FEMMES

L'xVssemblée nationale a eu raison de fermer aux femmes la porte des clubs, où elles auraient achevé de perdre les quelques restes de grâce qui les distiugueut encore des hommes. Pendant quelque temps il n'est pas mal qu'il y ait encore deux sexes; plus tard, on verra. En attendant, respectons l'usage, la tradition, la coutume!

Nous aussi, nous avons gémi autrefois sur les malheurs des femmes dans la société. Nous aussi, nous avons demandé dans plus d'un livre leur émancipation. Mais, à côté de nous, il s'est élevé tant décrits, en faveur de la licence des femmes, que nous nous sommes vite empressé de nous taire. Quand nous ne voulions que leur ôter leurs chaînes, d'autres brisaient leur ceinture. Et, ce qu'il y a de fâcheux, c'est que nous ne sommes pas sûrs qu'elles aient des chaînes, et qu'il est évident qu'elles portent une ceinture.

Léon Gozlan en venait à envisager l'hypothèse des femmes-députces, et il ne se piquait nullement de féminisme.

Voyez-vous d'ici les partis physiologiques qui se formeraient à côté des partis exclusivement politiques, le parti des vieilles femmes représentantes, en face du parti des jeunes femmes représentantes, le parti des veuves et le parti des femmes mariées; puis les nuances politiques se compliquant des nuances des cheveux : on aurait le parti blond, le parti brun, le parti châtain, le parti maigre constitutionnel, le parti gras républicain. On s'y perd. Dieu nous garde de cette invasion! La France y laisserait sa dernière vertu. Figurez-vous encore les

LA RÉVOLLTIOM DE 1848 421

Bouches-du-Rhône, ce département si distingué, envovnnl des bouquetières et des cuisinières à l'Assemblée, et le département du Finistère se faisant représenter par de nobles marquises et de fières duchesses. Mais ces dames s'arracheraient les cheveux, elles se battraient... Plus d'une fois le président serait obligé de rappeler les représentantes à se voiler.

La nature veut que la femme soit l'éternel contraste de l'homme, pour que l'homme soit cha'rmé par la différence, attiré par la curiosité, tenu en haleine par le désir. Du jour où les femmes porteront un pantalon et un paletot, la population s'anolera.

L'Assemblée nationale a sagement compris qu'il y avait anomalie à permettre aux femmes de siéger aux clubs et à ne pas leur permettre de siéger à la Chambre. Si on leur conférait le droit de faire des insurrections, on ne suppose pas pourquoi on ne leur accorderait pas aussi le droit bien plus politique de les réprimer. Et une Chambre ayant des femmes pour représentants, une Chambre composée d'hommes et de femmes, ne nous rassurerait guère sur sa parfaite indépendance. On craint les influences; mais celles du regard, de la toilette, de la grâce, l'influence des deux mains se rencontrant dans l'urne ; mais celle de la parole, qui est si entraînante chez certains députés quand ils ne sont pas à la tribune; mais la buvette, mais les pas-perdus, mais les couloirs sombres, mais les jardins de la présidence, avec leurs voluptueux acacias, où l'on se rencontrerait si souvent par hasard?...

Et quand elles seraient à la Chambre ou au club, qui garderait la maison?

Femmes chez lesquelles il reste encore le boa sens, cette qualité (jui devient si rare parmi les Fran. çais, femmes d'esprit que de mauvaises lectures n'ont pas dégradées, femmes de cœur qui n'avez pas

Page 1