LEON GOZLAN
Romancier avec le Notaire de Chantilly, Aristide Froissart, les Emotions de Polydore Marasquin; auteur dramatique avec la Main droite et la Main gauche, la Jeunesse dorée, la Pluie et le Beau Temps; historien des Châteaux de France, Léon Gozlan avait débuté par le journalisme et y revint souvent. Jeune Marseillais venu pour conquérir Paris, il avait débuté en 1828 au Figaro, qui faisait une spirituelle guerre de plume aux ministres de là Restauration. Il fut un des plus hardis des francs-archers de la petite troupe. Sous la monarchie de Juillet, le Figaro restait encore journal 4' avant-garde. Léon Gozlan inaugura le compte rendu fantaisiste des séances de la Chambre, dessina, en traits mordants, des portraits de parlementaires. Ce narquois humoriste s'émut cependant des massacres de Pologne, et il écrivit, pendant les dramatiques événements qui se déroulèrent à Varsovie, une suite d'âpres et éloquents articles; mais il était plus porté, par son tempérament, à l'ironique observation des moeurs parisiennes. Esprit libre, jusqu'à changer opportunément d'opinion et à passer d'un camp à l'autre, Léon Gozlan resta cependant fidèle à certaines de ses préventions littéraires : ainsi n'eut-il aucun goût pour le romantisme. En politique, il changea son fusil d'épaule sans trop d'effort, quand les circonstances l'invitèrent à se modifier, et après avoir appartenu à la presse avancée aux débuts du gouvernement de Juillet, il poursuivit de plaisanteries les jeunes républicains, qu'il imagina de désigner sous le nom de « bousingots ». Cette qualification fit fortune. Assez peu sensible d'ailleurs aux innovations, il fut de ceux qui se lamentèrent de l'établissement des chemins
LA UÉVOLLTION DE 1848 41^
de for. On juge si, en 1848, il devait frémir à la pensée des revendications politiques féminines : il écrivit à ce sujet dans le Journal de Paris un de ses articles les plus piquants. Sur la fin de sa vie, il était devenu ossez chagrin et il estimait que des mœurs « horriblement prati- <iues )» éloig'neraient, dans l'avenir, de toute préoccupation d'art et de littérature. Au demeurant, — en attendant cette inditlérence complète aux Lettres, — il avait asser justement indiqué ce qui resterait de lui, quelques pages d'Aristide FroLssart et de Polydore Marasquin, deux ou trois bagatelles de son théâtre. « 11 n'y a, disait-il, en songeant à son œuvre abondante, que ceux qui ont fait très peu qui restent. »
Léon Gozlan avait d'abord été très agressif à l'égard •le Balzac, qu'il avait ainsi dépeint : « Un gros homme, haut en couleur; les cheveux noirs, façon crin de chevaL Ue petits yeux, mais très vifs. Yeux d'éléphant, yeux de sanglier, yeux de tout ce que vous voudrez. Trois mentons, et, sans mentir, l'air d'un fort marchand de porcs du marché de Sceaux. » Ce qui était plus grave, il l'avait accusé de plagiat. Léon Gozlan changea aussi d'opinion en ce qui concerne Balzac, et, devenu son ami, il le défendit en toutes les occasions qui se présentèrent. Ce fut, notamment, à 1 occasion du drame de Balzac, représenté à rOJéon le 19 mars 1S42, les Ressources de Quinola. Do ce drame il parlait avant la représentation ; il répondait 4'avance aux objections attendues que Balzac, par son génie d'analyse même, n'avait pas le don du théâtre. Et Gozlan a élevait contre la superstition du « métier » et faisait à son tour le procès des « charpentiers dramatiques ».
Voici un article raillant les prétentions politiques àcA femmes. Sans que les conquêtes alors rêvées se soient encore toute» réalisées, les idées se sont élargies. Cet article évoque les opinions de ceux qui réagissaient^ en 1848, contre toutes les fureurs d'émancipation.