LOUIS BLANC
Apres des débuts pénibles, Louis Blanc conquit la notoriété Ters le milieu du règne de Louis-Philippe. Il fut l'an des plus ardents combattants de la presse d'opposition. Rédacteur en chef du Bon Sens, puis de la Revu^ du Progrès, il fit, dans son Histoire de dix ans, le procès de la monarchie de Juillet. En même temps, il développait ses idées sociales sur lorg-anisation du travail. Avant 1848, il avait commencé une Histoire de la Révolution ; un» anecdote assez piquante peut être évoquée à ce sujet Certaines de ses assertions sur Marie-Antoinette avaient choqué un autre républicain, Eugène Pelletan, q*ii en contesta l'exactitude. Le débat fut porté devant la Société des gens de lettres : mais la querelle s'envenima. Une rencontre entre Louis Blanc et Eugène Pelletan était décidée, quand éclata la révolution de Févrior. Les deux adversaires, qui l'un et l'autre couraient à l'Hôtel de Ville, sa rencontrèrent et, ayant mieux à faire « que de dégainer pour ou contre Ips charmes d'une femme dont les reste* étaient depuis longtemps réduits en poussière », se réconcilièrent. « Dieu soit loué, s'écria, assure-t-on, M. Thiers, quand il apprit le dénouement de l'aventure; si Pelletan avait tué Blanc, j'aurais été le plus petit homme de France! » Louis Blanc était, en efl'et, de taille très exiguë. A la tribune, on lui apportait un tabouret. Le 24 février 1848, le gouvernement provisoire s'était constitué sans lui : il entra, en compagnie de Flocon, dans la salle des délibérations, et, fort dp sa popularité parmi la classe ouvrière, revendiqua sa place dans le Conseil. « J'ai été acclamé, dit-il, à l'Hâtcl do Ville; l'acclamation du Palais municipal vaut bien celle du Palais législatif. » Il eut
d'abord, avec Marrast, Flocon, Pagnerre, Albert, le titre de secrétaire du gouvernement. 11 s'est défendu d'aucune préoccupation personnelle ou d'ambition dans cette éneigique intrusion. « Nous n'étions pas, a-t-il dit, des députés ; il s'agissait donc de savoir si la révolution serait considérée comme parlementaire ou comme populaire. » Président de la « commission des travailleurs », il préconisa l'application de ses théories, poursuivit la réalisation des réformes sociales, et, si les solutions qu'il proposait étaient alors aventureuses, il eut du moins la volonté d'aborder les questions dont d'autres différaient l'étude. « 11 faut que la lumière descende sur la situation, >) répétait-il; et il ne prédit que trop exactement les journées de juin. Le rôle de Louis Blanc dans la révolution de 1848, tout important qu'il eût été, fut court. Après ces fatales journées de juin, qu'il avait pourtant qualifiées de criminelles, l'évolution de l'Assemblée vers la réaction le fit traiter en accusé. Il se défendit dignement et éloquemment. On raconte que, pendant qu'il se justifiait, un membre de la droite dit, en se frottant les mains : « Va, parle tant que tu voudras, tu n'en es pas moins f.. ichu ! » Des poursuites étaient votées contre lui. Louis Blanc quitta la France et s'établit à Londres. Sa vie politique ne devait reprendre qu'en 1871, où il fut le premier élu de Paris. A ses obsèques, Charles Edmond lut un adieu de Victor Hugo qui se terminait ainsi : « Historien, il enseignait; orateur, il persuadait; philosophe, il éclairait. Son cœur était à la hauteur de sa pensée; il avait le double droit, et il a fait le double devoir : il a jugé le peuple, et il l'a aimé. »
En 1849, il défendait son œuvre et ses idées dans un de ces placards qui étaient alors bien usités. On en citera la partie de considérations générales :