‹ Anthologie du journalisme du 17e si©·cle © nos joursChapitre 163 sur 171 · ET LE JOURNAL-VAUDEVILLE · texte numérisé non relu

ET LE JOURNAL-VAUDEVILLE

On ne saurait oublier dans cette anthologie de la presse, en manière d'épilogue de sa première partie, cette innovation théâtrale, née le 16 janvier 1849, sur la scène du théâtre du Vaudeville précisément, le Journal-Vaudeville. C'était une forme assez piquante de polémique. Ce journal représenté avait pour titre la Foire aux idées, et pour auteurs de Leuven et Brunswick, qualifiés sur l'affiche de « rédacteurs-gérants ». Ils étaient, l'un et lautre, très hostiles au principe même de la République, qui, d'ailleurs, n'était déjà plus république que de nom. C était, en fait, une revue, mais d'une plus immédiate actualité «t d'un ton plus agressif. Selon un mot très juste du temps, l'ordre avait aussi ses frénétiques. Dans leur animosité contre tout ce que rappelait la révolution de l'année précédente, de Leuven et Brunswick étaient de ceuxlà. Pendant les entr'actes descendait un rideau qui imitait la disposition d'un journal, avec toutes ses rubriques, plaisamment parodiées.

Ainsi, dans le premier de ces rideaux on pouvait lire :

Nouvelles de l'étranger. — Berlin : on se cogne. Francfort : on se bûche. Munich : on se piocha. Prague: on se frotte. Stettin : on s'éreinte. Schles- (*ig : on s'échine. Brème : on s'aplatit. L'horizon s'éclaircit; tout tend à la prochaine unité de TAllemagne.

Paris. — Actes officiels : M. le ministre dt l'Intérieur ne recevra pas jeudi prochain. M. le ministre des Finances recevra autant qu'on voudra.

Annonces diverses. — Un sous-préfet, ayant des instants de loisir, désirerait faire quelques ressemelages. — Un ancien consei41er d'Etat vient d'ouvrir un cours de bâton, de boxe et de savate; il donne des leçons particulières à Messieurs les Représentants qui ont des amendements à proposer.

Feuilleton. — Le Cervelas à l'ail. Le prince Visapour entra tout à coup dans le pavillon des roses, La folle Jamica frappa les airs d'un long cri, s'élança de son bain parfumé, et l'on vit... [la suite au prochain numéro).

Dans un autre rideau, c'était la satire des professions de foi des candidats à la députation :

Nommons Chaponel! Je veux que chaque citoyen ait le droit de fabriquer, pendant quinze ans, les billets de banque nécessaires à ses besoins. — Chalamard! Aux électeurs : son épouse est nourrice; elle a la recette du Lait républicain, grâce auquel tous les enfants chanteront la Marseillaise. — Vive Trifouillard! Il est totalement inconnu, sans famille, sans amis. Il ne craint pas de se montrer à nu.

Le succès de la Foi/-e aux idées, devajit un public qui partageait les sentiments des auteurs, fut assez vif pour que la tentative se poursuivit pendant la saison théâtrale. Dès le deuxième « numéro », parlé et chanté, la Foire aux idées se qualifiait de « journal acoustique, aristocratique et non pacifique »,

L'Idée, qui servait de « commère », était censée avoir inventé un merveilleux appareil : un meuble fantastique surmonté d'oreilles énormes, qui surprenait toutes les nouvelles. « Dès que ces oreilles auront recueilli assez de matériaux, je veux et ordonne que les Faits viennent ici deux-mômes se faire stéréotyper. » — Peu de noms ont survécu parmi les interprètes de la Foire aux idées, et ce sont des comédiens aussi assez oubliés que Viette, Têtard, Lecourt, Ambroise, etc. On se rappelle un peu

j)lu8 Caroline Bader, qui jouait, dans le premier « numér* », le rôle de la Fraternité.

Après une scène où la France se plaint de ses médecins, — les mwnbfes de l'Assemblée nationale, — voici celle où les candidats q«i aspirent à remplacer ceux-ci se manifestent :

5CÈNE VIII. — Paris. — Un candidat. — Des

AFFICHEURS. — PeUPLE.

Entre un candidat. Il est suivi de nombreux afficheurs et de ^ens du peuple.

Le candidat. — Par ici... par ici... (Regardant autour de lui.) Hein, quoi!... Plus de place pour afficher mes principes?... La concurrence veut m'étouITer (A ses afficheurs.) Citoyens, masquez les affiches avec les miennes... Il faut coller mes concurrents.

chœur.

Air de Fernand Cortez,

Agiles afficheurs, Collons sur les murailles Placards de toutes tailles Et de toutes couleurs.

(Pondant le chœur, on a roulé an tonneau sur le théâtre.)

Le candidat. — Ah î voici ma tribune! (Il s'élance •urlc tonneau.) Citoyens, voulez-vous sauver la France ?

Tous. — Oui... oui.

Le candidat. — Nommez-moi, je me présente devant vous sans balancier.

Tous. — Comment?

Le cANDrDAT, se reprenant. — Sans balancer. Vous parlerai-je de mon courage? Oui... Quand la révo- Jutiou éclata, je voulus saisir mon fusil... Mais un huissier l'avait saisi la veille... Je restai saisi.

Paris. — Très bien, monsieur. Permettez-moi

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