MARAT
Lejournal de Marat (1789-1793) s'est d'abord appelé le Publlclste parisien, puis i Ami du peuple ou le Fubliciste parisien, puis, à partir du 21 septembre 1792, le Journal de la République française, par Marat, l'Ami du peuple, et, enfin, le Publlclste de la République française. La feuille portait comme devise : Vliarn impendere vero. Son programme, auquel il fut implacablement fidèle, Marat l'exposait dès ses premiers numéros, en ne cessant de le répéter : « La crainte ne peut rien sur mon âme. Le salut de la patrie est devenu ma loi suprèm«> et je me suis fait un devoir de répandre l'alarme. » Répandre l'alarme et dénoncer, c'est à quoi Marat ne faillira pas, même quand les circonstances l'obligeront quelque temps à se cacher, et plus encore quand il sortira la tête haute du tribunal révolutionnaire devant lequel les Girondins l'ont fait traduire. Il sonnera le tocsin, il accusera jusqu'au jour où il sera assassiné par Charlotte Gorday. « Le démon du patriotisme », l'a appelé M. Adrien Ilébrard. « Vous êtes, lui disait ironiquement Ganiille Desmoulins, qui n'attaqua d'ailleurs que sa manière violente, vous êtes le dramaturge des journalistes : les Danaïdes, les Darniécldes, ne sont rien en comparaison de vos tragédies : vous égorgeriez tous les personnages de la pièce, jnsqu'au souffleur. » Allusion à la façon de Marat de demander toujours de nouvelles têtes. « Il y a une année, avait écrit Marat dès 1790 (numéro du 17 décembre) que cinq ou six cent* têtes abattues vous auraient rendus libre : aujourd'hui, il en faudrait abattre dix mille. Dans quelques mois, peutêtre, il n'y aura point de paix pour vous si vous n'avez exterminé jusqu'au dernier rejeton les implacables cnne-
mis de la patrie. » A quoi Camille Desmoulins répondait encore : k Vous oubliez que le tragique outré devient froid. « — On sait les idées de Marat sur une brève dictature pour purger la France des conspirateurs. Dans nlus d'un numéro de son journal, Marat se défend par -'in apologie. « Devais-je être confondu avec ces vils mercenaires, moi dont les écrits n'ont d'autre but que de
iévoiîer les complots contre la liberté, de démasquer les traitres, de défendre les opprimés et de proposer des vues utiles; moi qui prends sur mon sommeille temps de jeter sur le papier mes idées, moi qui ne m'accorde que le simple nécessaire, qui partage mon pain avec le pauvre, et qui n'ai que des dettes pour fruit de mes travaux? »
N" 144 du Piibliciste.) L'étrange et frénétique figure de Marat, '( furieux » par sensibilité, disait Michelet, a été étudiée particulièrement par MM. A.Bougeart, Chèvremont, Cabanes. Elle est plus complexe qu'elle n'est apparue aux Concourt, ne découvrant en Marat, « que la rancune médiocre du médecin sans pratiques, de l'écrivain sifflé, de l'inventeur méconnu ».