‹ Anthologie du journalisme du 17e si©·cle © nos joursChapitre 23 sur 171 · REVEILLONS-NOUS, IL EN EST TEMPS · texte numérisé non relu

REVEILLONS-NOUS, IL EN EST TEMPS

Indigné de voir nos généraux annoncer sans cesse des victoires sur les rebelles de la Vendée, et ces rebelles faire sans cesse de nouveaux progrès, surprendre à point nommé des détachements de nos troupes, les enlever avec armes et bagages, s'emparer de nos magasins, et s'armer de notre artillerie, je ne reconnus que trop les machinations de ces chefs perlides qui peut-être entretenaient des intelligences secrètes avec les révoltés, mais qui certainement refusaient de marcher en force, pour les écraser, n'envoyaient contre eux que des détachements pour leur livrer en détail nos armées, laissaient nos parcs d'artillerie à leur disposition pour nous mettre dans l'impuissance d'eu triompher;

aussi, demandai-je à grands cris leur destitution immédiate; les scélérats de la faction maudite s'élevèrent avec fureur contre moi; et la Convention, trop peu énergique, renvoyait à ses comités de défense générale et de salut public, où mes dénonciations étaient ensevelies, comme si elle eût fait vœu d'attendre que les complots des traîtres fussent consommés, pour prendre contre eux le parti que commandait la prudence. Il y a près de cinq mois que je demandai la destitution de Wimpffen, de Berriiyer, de Heiden, et il a fallu que ces machiuateurs eussent été reconnus traîtres, pour que la. Convention les destituât. Il y a trois semaines que j'ai annoncé la trahison de Sandos, de Ligonier, de Westermann, et il a fallu que ces machinateurseussent été reconnus traîtres, pour que la convention les destituât. Que de malheurs et de désastresn'eût pas prévenus la Convention si, jugeant ces chefs perfides, la plupart suppôts du despotisme,, créatures de Dumouriez, ou commis par Beurnonville pour marcher à la Vendée, sur leur caractère connu, leurs rapports avec des généraux et des ministres déclarés conspirateurs, elle les avait mi& hors de portée de trahir la patrie, et de mettre la chose publique en danger. Du moins ces traîtresdevraient-ils être aujourd'hui livrés au glaive des vengeances nationales : mais la Convention s'arrête,, dans des matières d'Etat, à de vaines formes juridiques ; elle écoute le plaidoyer du procureur de village Chabot, et se contente de mander à sa barre un scélérat qu'elle aurait dû mettre hors de la loi, cet infâme Westermann, l'agent de Dumouriez, qui aurait dû expier sur l'échafaud ses forfaits de la Belgique,, qui a malheureusement trouvé des protecteurs dans quelques compagnons de débauche qui siégeaient au comité de salut public, et qui peut-être encore trouvera des apologistes au sein de la Convention.

Mais ce n'est peut-être pas là encore la fin de oos désastres : le défaut de vues et d'énergie des représenlanls du peuple ne leur permet pas de prendre de grandes mesures : ils ne jugent qu'en juristes des chefs malversateurs dénoncés, et il faudrait les juger en politiques d'après leurs liaisons, leurs sentiments et leurs actions connues; mieux vaut cent fois n'avoir point de chefs d'armée que d'en avoir de traîtres : c'est cette vérité dont je voudrais voir pénétré le comité de salut public, avant que Custino, Biron et Bertier aient mis le comble à leur perfidie.

Je n'ai plus que quelques mots à ajouter, qui feront juger de l'aveugle confiance et du manque de lumières du comité de salut public, depuis la formation des légions et des compagnies franches, levées par des intrigants plus que suspects pour j)érer la contre-révolution; je n'ai cessé de dénon-

r celle de l'école militaire, de Rosenthal, des bra-

funiers, des chasseurs du Midi, de la Germanique, t je ne suis parvenu à purger que la première des

auvais sujets, des escrocs, des échappes de galère, • s ex-gardes du corps et autres contre-révolutionnaires notés. Pour les empêcher d'entrer dans un nouveau corps, j'avais proposé dans le temps, comme une mesure indispensable de prudence, de leur couper les oreilles, ou plutôt les pouces des mains. On a repoussé cette mesure en criant à la barbarie, et on a mieux aimé laisser à ces scélérats les armes à la main, les envoyer même contre les révoltés de la Vendée, pour mettre le désordre dans nos armées, IfS inviter par là à passer du côté de l'ennemi, et <!(' revenir sur les patriotes pour les égorger. Ce jue j'avais très bien présagé, et ce qu'ils n'ont pas manqué de iaire.

On vient de m'assurer que la plupart des légions germaniques et de Rosenthal sont avec les révoltés

de la Vendée : malheur qu'aurait pu prévenir le comité de salut public, qui ne pouvait ignorer l'inlàme composition de ces corps ni leur conduite incivique.

Si du moins nous étions plus sages à l'avenir! Si nous pouvions nous instruire à l'école de l'adversité! Mais les endorraeurs de la Convention ne cesseront de prêcher la sécurité et la patience qu'ils n'aient achevé de perdre la chose publique. Ce n'est pas ma faute : mon désespoir est d'être toujours le Cassandre de la Révolution.

[Le Publiciste de la République française, n° 240, 12 juillet 1793.)

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