VICTOR HUGO
Pendant cette période de la Restauration, on ne saurait oublier Victor Hugo, journaliste. En décembre 1819 parut le premier numéro du Conservateur littéraire, revue bimensuelle, fondée par Abcl Hugo; il avait vingt et un ans. Victor Hugo, qui prit la part la plus active à cette publication, en avait dix-sept.
Chateaubriand fut, en quelque sorte, le parrain du Conservateur littéraire, en lui souhaitant la bienvenue : <c Lorsque le culte qu'on voue aux Lettres est pur, elles se montrent généreuses, car alors c'est dans leur sein que se forment les grands talents et que se préparent les grands caractères. »>
L'activité de Victor Hugo se manifesta de toutes les façons dans le Conservateur, de 1819 à 1821. Il en soutenait tout le poids, passant de la critique littéraire et de la critique dramatique à des articles semi-politiques, à des portraits, ù des études historiques, à des variétés. Outre nombre de poèmes, Victor Hugo publia lu Bug-^ Jarqal.
l n'est pas peu curieux de trouver dans les feuilletons dramatiquesde Victor Hugo, adolescent encore, une appréciation des plus gracieuses d'un vaudeville de Scrib«, la Somnambule, représenté le 6 décembre 1819. u Nous n'analyserons pas le vaudeville nouveau : l'ennui qu'inspire une analyse est presque toujours en raison directe des
plaisirs que cause un ouvrage, et, diins ce cas, nous risquons d'être mortellement ennuyeux. La Somnambule est un petit chef-d'œuvre où nous aurions honte de relever quelques invraisemblances. Ces défauts sont si légers que nous ne savons si les auteurs doivent chercher à les effacer : souvent, quand le tissu est délicat, en voulant enlever une tache, on le déchire... Depuis longtemps, aucun théiUre n'avait vu (les genres mis à part) un succès aussi éclatant et, ce qui est plus encore, aussi mérité. »
Au Conservateur littéraire collaborèrent Saint-Valry, Trébuchet, Gaspard de Pons, A. Soumet, Alfred de Vigny. En 1821, le Conservateur se réunit aux Annales de la littérature et des arts, rédigé par Gh. Nodier, A. Guiraud, Vanderbourg, Brifaut, Meunechet, etc.
La page que l'on va lire est une sorte de bilan littéraire de la première moitié de l'année 1820. Victor Hugo n'a déjà plus les indulgences qu'il a eues pour le vaudeville.