GUSTAVE PLANCHE
Gustave Planche, « Gustave le Cruel », comme l'appelait en souriant Alphonse Karr, a laissé le souvenir d'un critique sévère. Peu d'hommes se firent autant d'ennemis que lui. Ces animosités se traduisaient souvent par dïipres railleries sur sa tenue débraillée. On sait avec quelle dureté Victor Hugo le traita, par de transparentes alluions, dans la préface d\ingelo, voyant en lui « l'éternel Mvieux» ne pouvant que nuire. Gustave Planche réponviit d'ailleurs avec quoique dignité à ces violences, en s'adressant aux amis du poète : <( Si la colère n'était pas une faiblesse, je lui écrirais pour lui dire combien il ivilit en m'injuriant. » Ceux qui le connurent de près 'testèrent qu'il ne méritait pas de telles inimitiés : son idépendance, ont-ils dit, le rendait seulement incapable :•■? transaction. Pendant sa collaboration au iS'ationa/, lonl il ne pouvait toujours adopter l'esprit et les tendances, Armand Carrcl lui avait dit : « Je suis loin do blAmer votre indépendance, mais si vous voulez absolument exprimer toute votre pensée, vous ferez mieux d'avoir un journal à vous. » Après avoir écrit au Journal des Débats, il trouva à la Hci'uc des Deux Mondes son [ostc d observation pour juger les hommes et les œuvres, i:ne façon dogmatique et tranchée, non sans sécheresse. I oui en défendant sa mémoire, Emile Montégut, dans '-■hide qu'il consacrait à Gustave Planche, conslafail les Tconvénionts du système qu'il avait adopté. « 11 consii-rail le critique comme une sorte de préfet chargé de I •ire la police du bon goût dans la république des lettres, H quand on lui reprochait sa sévérité, on l'étonnait autant qu'on étonnerait un magistrat si on lui reprochait
sa vigilance et sa trop grande sollicitude à protéger la sûreté des honnêtes gens... 11 avait l'air de regarder a priori «omme coupables tous ceux qu'on amenait à la barre de son tribunal, jusqu'à ce que leur dossier eût été examiné. »
On citera ici une page assez amère sur