‹ Anthologie du journalisme du 17e si©·cle © nos joursChapitre 90 sur 171 · JULES JANIN · texte numérisé non relu

JULES JANIN

Pendant quarante ans, avec une allégresse persistante d'exercer son magistère, Jules .Tanin rédigea le feuilleton dramatique du Journal des Débats. « M. Janin, disait Sainte-Beuve, s'est fait un genre et une manière à part, et il a créé un feuilleton qui porte son cachet; il a beaucoup demandé à la fantaisie, au hasard de la rencontre, au« buissons du chemin : les buissons aussi lui ont beaucoup rendu. » Et Sainte-Beuve ajoutait : « Jamais on n'a mieux parlé que lui de ces choses fugitives et rapides qui ont pourtant été l'événement d'un jour, d'une heure, et qui ont vécu. » Par là même, la plus grande partie de l'œuvre de Jules Janin était -elle destinée à se faner. Même dans le roman, môme en abordant l'histoire, il fut surtout un improvisateur, séduit par de brillants paradoxes, plein d'idées ingénieuses. 11 ne faut accuser que le temps si la « plume de colibri » semble sètre alourdie. Ce qu'on doit se rappeler, c'est l'impatience avec laquelle était attendu, chaque lundi, le feuilleton de Jules Janin, où il tirait des feux d'artifice. Les fusées se sont éteintes, mais il reste encore un peu d'odeur de poudre. « Jules Janin, écrivait Monselet en apprenant la mort du critique, tout ce qu'il y a au monde de gai, de vif, de riant, d'alerte, de jeune, d'inconscient, de spirituel, s'éveille à ce nom. »

Théophile Gautier, que la mort devait grandir, tandis qu'elle n'a laissé à Jules Janin que sa légende, a parlé galamment de son «onfrère du lundi, en définissant ce qui le caractérisait : « Où va-t-il .' se demandait-on avec cette inquiétude bientôt rassurée qu'excitent les tours de force bien faits, quand, au début d'un feuilleton, il par-

tait, d'un mélodrame ou d'un vaudeville, à la poursuite d'une faiitûisie ou d'un rêve, s'interrompant pour contor une anecdote, pour courir après un papillon, laissant et reprenant son sujet, ouvrant enti-e li»s crochets d'une parentlièse une perspective de riant paysage, une fuite d'allée bleuâtre terminée par un jet d'eau ou une statue, s'amusant, comme un gamin, à tirer un pétard aux jambes du lecteur, et riant à gorge déployée du soubresaut involontaire produit par la détonation. Puis voici qu'en vagabondant, au dehors du petit chemin, il a rencontré l'idée (^ui se promenait. Il la regarde, la trouve belle, et noble, et chaste. En tomber amoureux est l'affaire d'un instant; il se monte, il s'échauffe, il se passionne : le voilà devenu sérieux, éloquent, convaincu... »

Jules Janin avait débuté en 1826 à la Lorgnette et au Courrier des théâtres, d'où il passait au Figaro, « journal non politique », comme il s'intitulait alors, puis à la Quoiidienne. 11 comraonçait en Î82U sa longue collaboration nu Journal des Débats. Le « Prince des critiques », comme •1 se laissait volontiers appeler, avait été élu membre de l'Académie en avril 1870. Selon M. A. Piedagnel, quand il s éteignit, le 19 juin 1874, dans son chalet de Passy, quittant une vie qui avait éié heureuse, ses dernières paroles avaient été : « Je n'entends plus les oiseaux. » On n'eût rien imaginé qui se rapportât mieux à l'existence qui finissait.

La facilité de Jules Janin avait fait dire un jour à Henri Murger que le critique avait parié qu'il raconterait kout haut la retraite de» Dix mille en même temps qu'il jouerait aux dominos d'une main et qu'il écrirait de l'autre »on feuilleton, — et qu'il avait gagné sou pari.

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