‹ Anthologie du journalisme du 17e si©·cle © nos joursChapitre 94 sur 171 · EMILE DE GIRARDIN · texte numérisé non relu

EMILE DE GIRARDIN

Emile de Girardin, dont il ne reste guère que le non»., après une existence pleine de bruit, transforma et industrialisa la presse. Quel joli portrait de lui dessinait Banville dans ses Camées parisiens : « Avec ou sans la mèche, et quoi qu'on en ait dit, il ne ressemble pas à Napoléon. Le nez un peu éloigné de la bouche rusée et fine, les narines découpées très profondément, le regard vif, curieux, inventif, résolument fixé sur les choses qui se passent, et non pas sur une étoile invisible, ôtent toute réalité à cette prétendue ressemblance. Une pénétration inouïe et une prodigieuse souplesse dans la pensée, voilà les qualités visiblement écrites sur ce visage où respire l'amour de toutes les choses terrestres et qu'une continuelle attention n'a pu rendre sévère, car, en le voyant, on devine que l'étonnamment spirituel inventeur de la presse à quarante francs ne refuserait pas, au besoin, quelques empires et quelques royaumes,, s'il trouvait l'occasion de les acheter au moyen d'une ingénieuse combinaison financière. »

On sait qu'il avait débuté dans la vie d'une façon romanesque. Il avait commencé à écrire, sur un ton amer, dans Emile, œuvre de revendication, une sorte de pamphlet social; mais l'activité convenait mieux à son tempérament que les doléances. C'est du côté de la presse qu'il se tourna. Avec son ami Lautour-Mezeray, qu'on surnomma plus tard « l'homme au camélia » parce que, affectant des allures de dandy, il se fleurissait la boutonnière d'un camélia blanc, Emile de Girardin fonda un journal qui eut, a-t-on dit, « un succès d'étonnement » ; il était uniquement fait à coups de ciseaux. Lautour-Meze» ray avait proposé comme litre : la Lanlerne Magique.

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« Non, dit Gîrardin, il faut avoir de la franchise, et nous nommerons notre journal tout simpletnent le Voleur. Les cris des volés attireront la foule, et nous n'aurons pas besoin d'autre réclame*. »

Le Voleur fut aussitôt imité dans ses procédés cavaliers, car, en 1828, époque de son apparition, la Société des gens de lettres n'était pas encore instituée. Il y eut le Cabinet de lecture, puis le Pirate.

Peu de temps après, Emile de Girardin et Lautour- Mezeray menaient à bien une entreprise déjà plus considérable : c'était la Mode, qui eut, elle, une rédaction, et compta parmi ses collaborateurs Roqueplan, Eugène Sue, Alphonse Karr, George Sand. Puis les deux associés eurent une autre idée, dans laquelle Balzac se trouva en tiers : celle du Feuilleton littéraire des journaux politiques. Ils se séparaient alors, en affaires du moins, et, pendant que Lautour-Mezeray créait le Journal des Enfants, Emile de Girardin, avec sa débordante activité, fondait le Journal des connaissances utiles, où il fit le premier essai d'un abonnement à bon marché.

La Presse date du 1er juillet 1836. On en lira ci-dessous l'article programme, qui appartient à l'histoire du journalisme. La liste des collaborateurs était extrêmement brillante : Alexandre Dumas, Balzac, Théophile Gautier, Gustave Planche, Léon Gozlan, Frédéric Soulié, Méry, Jules Sandeau , Esquiros , Armand Malitourne, Paul Lacroix, Alphonse Royer, Granier de Gassagnac, etc. Victor Hugo devait y traiter les questions sociales.

Dans la notice sur Armand Carrel, le fatal duel où il fut tué par Emile de Girardin a été raconté d'après un les témoins de Carrel. Ce duel avait été amené par la riposte très vive d'Emile de Girardin à un article d'Armand Carrel qui avait approuvé les critiques de Capo de Feuillide, rédacteur au Bon Sens, protestant contre cette transformation dans les habitudes du journalisme, car cette innovation, qui devait bientôt être imitée par tous les journaux quotidiens, avait d'abord été mal accueillie par la plupart d'entre eux.

On retrouvera Emile de Girardin à une autre époque.

1. Comte G. de Cootadot, Portraits et Fantaisies. L'Homme au camélia.

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Sous lô gouvernement de JuiHet, il fut député de la Creuse. Il avait, disait-on (ou disait-il lui-même), une idée par jour; il avait aussi des formules politiques qui variaient presque journellement. La révolution de 1848 le trouva dans les rangs de l'opposition; il n'en combattit pas moins le nouveau gouverne^ment. Son attitude fat des plus ondoyantes pendant les années qui suivirent. Après avoir appuyé la candidature du prince Lowis-Napoléon, n attaqua le prince-président. Après le coup d'Etat, il fut exilé, mais il ne tarda pas à rentrer en France.

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