‹ Anthologie du journalisme du 17e siecle a nos joursChapitre 118 sur 185 · EMILE BERGERAT · texte numérisé non relu

EMILE BERGERAT

siouner, de se prendre aux cheveux, de se flanquer des gnons et des torgnoles pour l'intérêt général au dam et détriment du particulier. Eu République, nous sommes quarante millions de rois, empereurs et papes, qui avons voix au chapitre et la main sur la boule de la justice.

Il n'est plus question de consulter Pépin le Bref, c'est vous, monseigneur le Peuple. On vous propose un théorème d'économie, de socialisme ou de politique extérieure (car il n'}-^ a pas que la question des sucres dans le bonheur d'une nation), et vous avez vingt-quatre heures pour nous dévoiler vos idées secrètes et pour vous entendre par voie de discussion préalable, ou autrement, si le cœur vous en dit. Il faut bûcher en République. Très laborieux, le régime de la liberté! On y va à la noce, comme sous les autres, mais pas toute la vie. Dites-vous bien que l'histoire de France va changer et que vous avez tout à refaire, la poule à mettre dans le pot et le pot sur le feu, espèces de Henri IV que vous êtes.

Et si vous vous convainquez de celte vérité, si vous vous rendez compte exactement des charges qui vous incombent, des devoirs glorieux que la patrie attend de vous et des responsabilités que votre souveraineté vous impose, vous ne tarderez pas à reconnaître que l'opposition vous est plus nécessaire que le phare au marin et que, si elle n'existait pas sous tous les régimes, il faudrait l'inventer sous la République. L'esprit de fronde n'est pas un défaut, c'est une vertu française. Elle nous vient de ces fiers Sicambres qui brûlaient le lendemain ce qu'ils adoraient la veille, et prouvaient ainsi le cas qu'ils savaient faire des idoles. Non soiiloment il n'y a rien à en craindre, de cet esprit national, mais il faut tout en attendre, car c'est par lui que le progrès doit nous venir. C'est lui qui

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émoustille, réveillé et tient en haleine commeen respect le fonctionnarisme ; qui pique au talon, dans les hamacs où ils se balancent, les satrapes de la popularité et qui répète à tous, dans un air de flûte, que la vie est courlé et que nous ne sommes pas sur la terre pour collectionner les vieux timbres-poste et piquer des hannetons sur les bouchons de liège.

Vivons, luttons, cherchons, travaillons, jamais satisfaits, toujours anxieux du mieux et curieux de ce qui est'derrière le voile.

{Le Voltaire, 1882.)

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