L'ESPRIT D'OPPOSITION
... D'excellents républicains, je le sais, s'effarent en ce moment de l'àpreté des polémiques ; ils y voient un symptôme de désorganisation dans l'armée libérale. Des camps se forment, des étendards sont plantés, des lignes de démarcation tracées et des mots aigre-doux s'échangent entre les tentes ? Où allons-nous ? disent-ils. — Braves gens, nous allons à la liberté, par l'opposition.
Le grand vice de notre éducation politique, c'est de croire toujours que la République est un système de gouvernement éprouvé, breveté et récompensé de plusieurs médailles d'or, un système Bréguet, rond comme une boule et portatif, qui va fonctionner tout seul au moyen d'un rouage intérieur (cent trous en rubis) que l'on a remonté une fois pour toutes. Les bourgeois croient qu'ils n'ont qu'à s'en reposer sur elle, comme ils s'en reposaient sur le roy, de toutes affaires publiques et autres, généralement quelconques, et qu'on ne leur demande plus que de s'en aller détacher les limaces de leurs pruniers, sans autres soucis que ceux qui, le printemps venu, se mêlent aux pâquerettes. Mais ce n'est pas ça du tout, la République. Ça, c'est encore la royauté, le pouvoir absolu, la responsabilité d'un seul. La République , ô mes chers bedons, c'est ce qui fait maigrir. En République, c'est vous qui devez avoir un avis, une volonté, une idée pratique. Il s'agit de se remuer, de se pas^