MAITRE X
On écrit volontiers : Maître X.. vient âerejniporter une nouvelle^ victoire, en abteiaaiiit racq:mttemenfc de cet affreux grcdin. Victoire sur (judi? — Sun la jus*tice.
L» victoire dTan éniinent avocat suppose pces>quie toujours un croc-en-jambe au vrai scrii.pijiilem.x et à Tes-prit d'éqaité.
Voici certain gaillard nettement convainoui de voi avec effraction, ïx nuit, d!ans; une maison habitée', un gaillard qui a devant lui un rude- artacLa du code, un gaiUaard qui avoue : le dievoinr et le irenom de l'avocat veulent que ce coupable, malgmé: preuves et aveux, soit innocenté. C'est là que- la parole » soovent de désastreuses mission»; c'est là. qu'ii iavit s'iiis<Brger contre l'éloquence.
Quelle doit être, au sortir de l'audience, l'opinion de l'avocat sur un de ses succès; de quelles réflexions a-t-il dû accompagner sa « victoire »? C'est une victoire à la Pyrrhus; — encore quelques-unes de ce genre, et la justice ne sera plus.
Otant sa robe et déposant sa serviette, maitre X. peut se dire : « Je viens de faire acquitter un coupable sans excuses; il a prémédité son crime; il est resté impassible devant les conséquences ; je lui fournis l'impunité : libre à lui de recommencer; il ne doit cette bonne fortune qu'à moi. »
L'avocat s'enorgueillit de ce triomphe de métier; mais que pense l'homme? Certes, elle serait utile et curieuse à connaître, la confession où le plaideur apprécierait lui-même son succès et le jugerait, dégagé des exigences du Palais et de l'optique de sa profession.
Plus d'une fois l'éloquence judiciaire est en désaccord avec la société. Ce qui fait l'honneur du « tableau » ne fait pas toujours la sécurité du citoyen.
L'avocat qui a plaidé et obtenu l'innocence d'un gredin est tenté souvent de poser chez lui les verrous aux portes, en songeant à l'affreux drôle qu'on vient de remettre en circulation, sur sa parole. A son banc, il affirme, avec des larmes dans la voix €t des prières dans le geste ; chez lui, il en arrive à ce monologue :
« Diable, cela manque de gaieté! Voilà un bonhomme dangereux. Je l'ai étudié sous toutes les formes : quelle canaille! Je le sais, — je l'ai défendu. Ne pas coffrer de pareils individus! On n'est vraiment plus en sûreté : à quoi donc s'occupe la préfecture de police! »
Ce sont là quelques-uns des dessous de cette carrière libérale. On en sourit encore volontiers, les avocats partageant avec les médecins le privi-
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iège des plaisanteries joyeuses. Mais quand ils déforment le Code, noient le crime dans leurs phrases, font dévier la justice à leur guise et gigoter sa Jbéquille, on s'émeut.
Des acquittements bruyants ont fâcheusement établi la toute-puissance de l'avocat : le défenseur s'amoindrit dans certaines victoires, il est des cas où sa dignité ne doit pas rougir d'une condamnation.
Un avocat qui détourne l'évidence, escamote le fait précis, et, à la force du talent, enjôle Thémis, exerce magnifiquement, sans doute, sa profession ; il est l'homme à triomphes ; il est l'illustration du barreau, mais il porte atteinte à la justice. La justice souffre de son éloquence, elle perd son prestige, et pour absolue, immuable, une, qu'on la rêve, elle semble prendre deux poids et deux mesures, et papillonner aux hasards de la défense.
... L'avocat est un acteur responsable. Quand il a joué, ôté sa toque et son hermine, le rideau ne tombe pas , les personnages souffrent ou s'indignent encore.
Et, plus fort, plus intense, avec des douleurs nouvelles, le drame se prolonge dans la vie, — tandis que l'interprète principal fume sa cigarette délicieusement ou savoure dans les comptes rendus le bruit de son succès.
Le rôle de maître X., cependant, est grand et beau. C'est une généreuse mission d'homme.
Sans parler de la veuve et de l'orphelin, il y a des circonstances où l'avocat est comme le médecin, l'ami et le sauveur de la maison.
Mais sitôt, aujourd'hui, qu'il endosse sa robe, l'homme semble disparaître en lui. Vêtu autrement que le commun des mortels, il se croit un être à part, et, dans cette illusion, il s'expose à laisser parfois de ses plus solides qualités.