HENRY FOUQUIER
qui se puisse donner à notre pays, le conseil d'apporter dans la politique l'esprit de sacrifice. Et non le sacrifice des intérêts, mais celui, plus difficile, des idées.
« Il peut se faire, dit M. Renan, que ce monde ne soit pas quelque chose de bien sérieux, mais, en tout cas, il est charmant. » J'en dirais volontiers autant de la philosophie qu'il apporte à ce monde aimé. L'optimisme, très contestable comme doctrine, est inattaquable comme politique de la vie. Il faut être optimiste même sans croire tout à fait à l'optimisme, de même qu'il faut se fier aux paroles d'amour, même contre la raison et contre l'expérience. C'est de ces divins mensonges qu'est fait ce que la vie peut avoir de bonheur, et ce n'est pas moi qui blâmerai M. Renan de nous en prêcher la foi, encore qu'on ne sache jamais si ce diable d'homme croit à ce qu'il dit ou seulement à la nécessité et à l'agrément d'y croire ? Seulement, la doctrine du discours aux étudiants, ce sermon sur la montagne de Sainte-Geneviève, a ce grave malheur d'être d'une morale à trop haute portée et à trop longue échéance.
Il y a, à Florence, une admirable statue de la Jus» tice, tenant les balances et le glaive. On la plaça, au temps des Médicis, sur une colonne élevée. Et, le lendemain, un poète satirique inscrivit sur la base de la colonne le pasquin que voici : « C'est bien l'image de la Justice de notre temps, ô peuple! Accessible aux grands, inaccessible aux petits. » Il en est de même de la philosophie de M. Renan. Le gaudeamiis est inattaquable, surtout en latin, et accompagné des nobles commentaires que j'ai rappelés. Mais ne paraîtra-t-il pas une ironie pour ceux qui souffrent, qui sont, par conséquent, pressés, et qui, ayant perdu la foi dans Timmortalilé de leur être, n'ont pas même, pour se consoler, le
^06 ANTHOL'CEGITE'^O'U ffOCMïALISME
'se^itim'CTit \if de Féternilé de la race et de l'hunift» mité? Réjouissons-nous ! Mais c'iest iqu'il n'y a pas ^toujours de quoi, et 4es billets tsur ravenir ne s'escomptent pas indéfiniment 1
M. Renan sent lui-même que c'est là oài sa docftrine faiblit. Bonne pour une aristocratie maîtresse ><ie ses destinées, au moins pour assez longtemps, •eîle ne satisfait pas une démocratie qui cherche les •siennes.
- .'Ainsi, mêlant des vues ;hardies à ce que son dis- ' ^soups contient de banalités voulues, car rajeunir ies « ^déclamations » est un dets -exercices favoris *de son esprit, il aborde sams p«ur l'idée d'«ne révo- '4tition sociale, en ayant grand Sioin, d'ailleurs, de ^laisser à nos fils le soin de la faire ou de la:supporter. Et, avec la curiosité qu'il a des milieux qui lui sont inconnus, il va jusqu'à traiter la délicate "question des amours de la jeunesse.
Je ne sais pas, à tout prendre, si ces iadorabies Têveries d'un sage 'ne sont pas faites pour laisser *en nos cœurs plus de tristesse que de joie? M. Renan est monte sur le cap Su-nium, et il aperçoit encore la lumière du jour, quanxi les 'vallées sont '•plongéss dans l'ombre; mais il ne lui déplaît pas •que le sommet d^où il juge la vie soit inaccessible ■ à da foule; et cette lumière d'en haut, dont nul rayon ne descend, fait encore plus épaisse l'hor- Teur de la 'nuit d'en bas. Il est des moments où le rire des sages, enfermés dans la Tour d'ivoire, ■irrite l'humanité inquiète, lui met fau eœur des •colères mauvaises, lui downe envie de renverser <la' table de ce festin de dèlrcats, où l'on vide des coupes en l'honneu*r de « l'ordre éternel des choses », sans qu'il en tombe jaimsais :uae ^goutte poar apàker les soifs du jour.
i^he GilBias,\lSm.)
De très brillants débuts dans la presse et dans le-* roman. Ses articles, remarqués, dans la Rèime politique' ei'lliféraircié menèrent an Temps, où il ïédigea la Vie à; Paris, apportant les curiosités d'un esprit largement^ aiïTert.et urae sensibilité toujours en éveil. Un recueil de ces articles» l'Enfer parisien, atteste sa pitié pour toutes les misères sociales,, et contient des pages d'une émotion.profonde.
Hugues Le Roux, dont le talent n'a cessé de s'aflGrmer, publie une suite de romans, l'Attentat Slougk'inv, Un-dènotes, le Frère Iki , V Amour infirme. Avec le peintï-e? Garnier, il' étudie le* mondedes cirques. Il est un deséorrruins^lé^ plus répandus dans la presse.
Mais, son besoin d'activité l'entraîne en de grandsvo}';age'3, dont queiques-uns le transforment en explora-? teur. Il est chargé de missions politiques en Abyssinie,.s'avance en des pays encore presque inconnus, et il conte ses étapes, à travers le monde, qu'il parcourra encore en tous sens. Il se fait l'apôtre de l'énergie fran*çaise, de l'action, dans ses articles du Figaro, puis'du; Matin. Il a, selon un mot pittoresque, ouvert to«<t«6> grandes les fenêtres sur l'étranger; Il remue des idées utiles, qu'il' expose en des conférences éloquentes. La guerre de 1914, pe>n<lant Ittquelle il va en: Amériq^e^.au Japon, en Chine, fait de. lui l'ardent. propagandiste de noire cause,, par la plume et par la parole.
Douloureusement atteint par la mort glorieuse de son fils, en Lorraine, il s'adresse, dans un livre d'une philè^sophio élevée, à ceux qui ont souffert du même deuil qttelui, Te soufiensfia ?
Hugtres. De-Roux^est séwatenrde Seine-eftfQise.