JOSEPH REI^'ACH
'vêque de Belley, il mentait à Dieu. Il suitaujour- ■d'hui, le bonnet phrygien sur la tête, les proees- :«ions de la Lanterne: il ment au peuple. Il est xlouble, et triple, et quadruple : de la même plume Klont il écrivait au duc d'Aumale pour mendier son apostille auprès du général Farre, il s'adressait le faème jour à on aini de Gambetta, implorant une audience où il pourrait exposer ses titres et offrir ^on dévouement. Aujourd'hui, il dîne avec M. de Loqueyssie et soupe avec M. de Rochefbrt. Il a juré obéissance et fidélité à toute épreuve successivement à tous les puissants du jour : aux évêques, sous le 24 mai, pour passer colonel ; aux princes -d'Orléans pour passer général de brigade; à M. Grévy pour passer général de division; à M. Jules Ferry — après la liquidation, qui fut son oeuvre, du cabinet du général Thibaudin — pour passer commandant du corps d'occupation de Tunisie ; à M. Clemenceau pour passer ministre ; au prince Victor pour passer député de la Dordogne ; à M. Laguerre pour passer député du Nord. Et il a manqué à tous ces serments.
« ... Il ne parle pas, il ment. Cet homme ment comme les autres hommes respirent. Il annonce une intention honnête, prenez garde ; il affirme, méfiezvous ; il fait un serment, tremblez!... Annoncer une énormité dont le monde se récrie, la désavouer ^vec indignation, jurer ses grands dieux, se déclarer honnête homme, puis, au moment où l'on se rassure et où l'on rit de l'énormité en question, l'exécuter, c'est là son procédé. Pensez-en ce que vous voudrez; il s'en sert, il le trouve bon, cela le regarde. Il aura à démêler la chose avec l'histoire. » Vous reconnaissez cette prose admirable, mon cher Lockroy; elle n'est signée que de Victor Hugo, elle date de trente-sept années, et elle est fraîche de ce matin.
Cet homme affirme qu'il veut la' République : îl aspire à la dictature; — qu'il rétablira l'ordre : il organise l'anarchie;— qu'il aime la liberté : il a la haine des démocrates libres ; — qu'il sera la paix : il sera la guerre ; — qu'il sera la victoire : il sera le désastre et l'invasion,
« Il affirme, méfiez-vous ; il fait un serment^ tremblez ! »
[La République française, 12 avril 1889. )i