MANGIN II
Mangin, vêtu d'un pourpoint rouge, chaussé de bottes jaunes, coiffé d'un casque à plumes tricolores, et accompagné d'un batteur de grosse caisse, parlait ainsi du haut de sou char que traînaient deux chevaux Isabelle : « Parisiens ! peuple de gobe-mouches ! Si j'étais habillé d'une redingote ou d'une veste comme le commun des bourgeois, •€t si je vous offrais pour cinq centimes des «rayons valant quatre sous, vous ne m'en achèteriez pas uq seul ! Mais je porte un casque espagnol sur la tète et un sabre turc à mon côté, je suis escorté d'un cymbalier et je fais le pitre : vous m'acclamez! je suis votre favori!... et je vous vends quatre sous des crayons qui ne valent pas quatre centimes ! »
Ainsi parlait Mangin I""" qui, lui du moins, était sincère et véridique. II traitait de « brutes » les badauds qui se disputaient sa pacotille ; il eût rougi ûe les appeler « glorieux électeurs ». Il se proclamait lui-même charlatan et saltimbanque ; il ne se regardait pas dans la glace comme le vengeur des ■ iniquités sociales, le restaurateur de l'ordre et le vainqueur de l'Europe. Les libéraux n'étaient pas ambitieux sous le second Empire : « Donnez-nous seulement, disaient-ils, la liberté comme en Autri-
che ! » Ne soyons pas plus difficiles : rendez-nouè^ seigneur pion Dieu! Mangia 1^»!... Mangin I*"", un bateleur de foire qui ne mentait pas, qui pouvait ouvrir la bouche sans mentir !
Car celui-ci a pour la vérité la sainte horreur du Chinois pour les œufs qui ne sont pas pourris. Il n'affirme jamais qu'en vain. A la face de ce peuple qui a toujours aimé la franchise et la lumière, il commence toujours par nier l'évidence du jour et par altérer les faits les plus notoires. Il doit son étoile de brigadier au duc d'Aumale : il jure à la tribune qu'il ne doit rien à son ancien patron. Son pistolet a raté dans un duel : il fait afficher ai» cercle qu'il a tiré en l'air. Il a écrit à « Monseigneur », le général Henri d'Orléans, quelques-unes des lettres les plus plates qu'un soldat ait jamais signées : il déclare sur l'honneur qu'il n'a rien écrit du tout. C'est lui qui, dans le conseil des ministres, a demandé l'envoi de troupes de renfort à Decazeville : il atteste le ciel que celui qui voulait mitrailler les mineurs, c'était M. Carnot. Il* fait le serment de donner l'exemple de la double discipline militaire et républicaine, « le respect dés lois constitutionnelles devant, dans nos cœurs, dominer — c'est lui qui parle — tous les autres sentiments ! » et, après avoir traité la discipline militaire comme les Pandours traitaient les paysan* nés ou les Bulgares la belle Cunégonde, il dénonce la Constitution a qui doit dominer, dans nos cœurë^ etc. », à la haine et à la risée. Il engage sa parole au ministre de la guerre qu'il est resté complètement étranger aux manœuvres du comité plébiscitaire : à la même heure il recommande, par dépêche, de « travailler ferme la presse et l'opinion ». Il y a des gosiers dont la vérité ne peut sortir san» les éeorcher : il est un de ces gosiers. Quand il 'suivait, le cierge à la main, les processions de l'é-