L'ACTION
... Quel argunaent est-ce donc contre la constatation expérimentale du monde de dire : « Le monde a tort, je l'aurais préféré d'autre sorte. » N'est-ce pas plutôt l'homme qui erre en rapportant l'univers à l'individu, au lieu de rapporter l'individu à IJunivers? N'est-ce pas désordre organique, cas de
pathologie, que de s'user en lamentations sur les^ misères de la vie, et, pour mieux s'accrocher à l'es» poir de félicités, de rêver, de tuer en soi la plus réelle joie, la joie d'être, et de vivre, et d'agir?
L'homme sain accepte le monde avec ses conditions d'existence, auxquelles nul ne peut se soustraire, et, dépensant toutes ses énergies dans l'action, au lieu de médire de la vie, la fait meilleure et plus belle en prodiguant autour de lui tout cequ'il peut de lui-même. La lutte pour l'évolution de l'être, c'est la loi dure qu'il adoucit par la loi compensatrice du secours à la faiblesse. Douleurs et joies qui se pénètrent et ne se peuvent déprendre; douleur ennoblissante par la fierté du sacrifice ,, joie d'agir, joie de lutter pour soi, et, par le pleia développement de soi, pour autrui, voilà ce qui rend la vie digne d'être vécue, voilà ce qui fait la beauté de l'effort de vie, payé de la douleur, qui fait la beauté de la mort.
Vivre pour se garder, c'est bien. Vivre pour sedonner, c'est mieux. Toute jouissance parfaite est de répandre de soi, de rentrer, par des communions de toute heure, dans le Pan universel dont l'évolution ne nous a séparés que pour le faire, par nous, plus grand et meilleur. L'homme, ainsi, prend en main les destinées de sa terre et, cédant à l'é— ternel désir de vibrer à l'unisson d'autrui, cherchant perpétuellement le bonheur en de nouveaux contacts de son moi plus complet avec l'universagrandi, couronne le Grand Pan d'un organisme social de justice et d'amour, que son rêve lui montre d'idéale beauté.
Dès lors, quel autre emploi de nous-mêmes que d'organiser les félicités supérieures de l'être, de les multiplier, de les accroître par un développement toujours plus grand des énergies humaines^ au profit de l'harmonieuse évolution où s'accomplit