GEORGES CLEMENCEAU
l'univers! Vivre, c'est espérer, c'est vouloir, c'est agir. Nous sommes par l'action. Par l'action, nousr continuerons d'être, après la mort. Le besoin de l'action, de la vie pour l'action, voilà ce qui éclaire notre voie obscure, ce qui nous pousse, le cœur ardent, aux réalisations d'avenir, ce qui nous meut dans la joie de faire, ce qui nous conduit noblement à la paix reposante, dans la victoire ou 1» défaite, sans regrets de la vie vécue.
Pan nous commande. Il faut agir. L'action est le principe, l'action est le moyen, l'action est le but. L'action obstinée de tout l'homme au profit de tous, l'action désintéressée, supérieure aux puériles glorioles, aux rémunérations des rêves d'éter* nité, comme aux désespérances des batailles perdues ou de l'inéluctable mort, l'action est évolutiond'idéal, unique force et totale vertu.
L'action de l'artiste, recevant le choc du monde en émotion de beauté; vibrant de volupté féconde avec tout ce qui vit, avec tout ce qui est; anxieux de nous rendre ses joies, de nous traduire l'harmonie de l'homme et du monde pour une plus profonde pénétration des choses, d'où jaillira l'actioa continuée vers des jouissances accrues.
L'action du penseur, en voie de connaître; peseur de vérités et de mensonges; aux prises avec l'univers qu'il interroge en de subtiles analyses et re-^ constitue en de hasardeuses synthèses; tout frémis» sant de l'enivrante ascension vers des mentalitéstoujours plus hautes; isolé sur ses sommets, mais semeur d'idées pour l'élaboration lente des foule» confuses; lointain suggestionneur de l'émotivité populaire; dominateur des choses; vrai maître de l'homme et des dieux.
L'action du conducteur d'hommes, poussé par le tumulte humain; tout-puissant pour les évocations d'atavisme meurtrier, qui jettent les peuples aux
tueries de la guerre; débile et vacillant pour les réalisations de liberté, de justice mal appropriées aux trop faibles, et redoutées des trop forts; alimentant, non sans péril, d'infimes parcelles de vérité les multitudes avides de mensonges; orientant, avec la grâce des hasards, les nations inquiètes vers des destinées meilleures; vaincu parfois dans les cris de triomphe du vainqueur en dépit des huées; écrasé sous sa victoire ou bafoué dans; l'horreur des déroutes ; mais ayant tenté, du moins, et fier de ses misères ou même de ses fautes, pour le désintéressement de l'effort.
L'action du dompteur de matière, calculateur, artisan, laboureur, fouillant, fécondant le sol, adaptant aux besoins des hommes ce qu'il peut de la ijature ; entretenant, accroissant la vie ; ennoblissant l'obscur labeur des souffrances diminuées, des joieS; suscitées ; enfantant en d'inévitables douleurs une humanité plus puissante, plus douce et plus belle.,
L'action &e l'homme, enfin, dont la vie, si douloureuse qu'on la suppose, s'est un jour embellie du don de soi dans l'amitié, dans l'amour et qui, sur les champs de bataille, donne sa vie d'espérance, de devoir, sa vie d'amitié et d'amour pour une «ause jugée par lui supérieure à lui-même; l'action de l'homme qui veut se survivre à tout prix et se survit vraiment dans autrui, soit par l'acte direct imprimé sur le monde, soit par l'évolution de sa descendance, retentissement de sou effort.
... L'action décisive de la goutte d'eau redoutable qui, avec l'autre et l'autre goutte d'eau, fait la mer; la manifestation d'énergie de l'atome qui, par l'atome associé, développe l'univers.
Le concours énorme de tout ce qui est pour préparer tout ce qui sera...
(Préface du Grand Pan, recueil d'articles de la Justice.)