EDOUARD DRUMONT
ardentes qui les divisaient jadis : ils sortent de leur boutique pour examiner du dehors l'efTet que produit le nouvel étalage, et ils s'interrogent amicalement :
a Eh bien! Nous n'avons pas étrenné encore. Je ne sais pas ce qu'ont les clients, ils ne viennent pas. )>
Le client ne vient plus. Les générations qui entrent dans la vie s'éloignent de plus en plus de ces boutiques de politiciens qui sentent le mensonge et la fraude, qui exhalent une odeur de poussière et de faillite.
La question juive, en revanche, a fait un joli chemin depuis dix ans. En réalité, elle est partout, elle est au fond de toutes les discussions, elle préoccupe tous les esprits, elle s'est imposée à des journaux qui, pour toutes sortes de raisons touchantes, avaient juré sur un carnet de chèques de n'en jamais dire un mot à leurs lecteurs. Elle est un épouvantail pour les fils d'Israël, et même pour les conservateurs poltrons, un problème social du plus haut intérêt pour les observateurs, une anxiété pour les vrais patriotes qui savent que le Juif est notre seul ennemi. Les écrivains inféodés aux banques juives la traitent tantôt par une ironie qui sonne creux, tantôt par une indignation feinte : elle ne laisse personne indifférent.
Ce mouvement, encore une fois, s'est produit en six ans... Je suis à Taise pour constater ceci, car ma part dans ce résultat, qui est immense, est incontestablement très minime.
Donnez à un homme toutes les grandes qualités que je n'ai pas : la vigueur de O' Connel, l'éloquence de Berryer, l'esprit de Voltaire, la verve de Paul-Louis Courier, le talent d'organisation d'un Colbert. Il sera absolument impuissant à créer de lui-même un de ces grands courants qui transforment le monde.
Quand un écrivain remue profondément l'opinion, c'est qu'il traduit des idées qui s'agitent déjà confusément dans l'âme de tous, c'est qu'il exprime la pensée de ceux qui ne parlent pas, et qui n'ea pensent pas moins.
... La maladie que nous avons signalée a été connue par d'autres peuples que nous, à une certaine phase de leur histoire; le spectacle auquel nous assistons a déjà été contemplé plus d'une fois dans le monde.
L'anarchie universelle au milieu de laquelle nous nous débattons, la disparition de tout sens moral, la dissolution de tous les liens sociaux, l'absence de toute justice et de toute pitié pour les faibles, l'adoration unique de l'argent, la trépidation fiévreuse qui fait place tout à coup à des prostrations hébétées, à des torpeurs que rien ne peut secouer, sont les caractéristiques, toujours les mêmes, de la prédominance de l'esprit sémitique sur l'esprit aryen qui a trouvé dans le christianisme sa |)lus sublime expression.
{La Libre Parole, 20 avril 1892.)