‹ Anthologie du journalisme du 17e siecle a nos joursChapitre 141 sur 185 · L'ECOLE DES MERES · texte numérisé non relu

L'ECOLE DES MERES

Il apparaît depuis longtemps que les préjuges et l'ignorance sont pour beaucoup dans l'excédent de mortalité infantile dont souffre la plus grande partie de l'Europe. En réponse à un questionnaire de MM. Landouzy et Napias rédigé en vue du Congrès d'hygièue de 1889, plusieurs médecins étranger» n'hésitaient pas à dénoncer comme une des sources du mal les préjugés populaires. M. le docteur Desgrins, d'Anvers, signalait qu'on ne soigne pas les maladies qui paraissent provenir de la dentition, ni les fièvres éruplives, ni la coqueluche. Pour le» convulsions, on a recours à quelque charlatan oi* aux pratiques pieuses en l'honneur de tel ou tel saint

renommé. M. Kuborn, de Liège, indiquait, de son côté, que l'ignorance, la malpropreté, la superstition ont une part importante dans les causes de l'excessive mortalité infantile, « Il y a, dit-il, un saint particulier pour l'érysipèle, un autre pour les maux d'yeux, un pour les convulsions, un pour l'hydropisie, un pour la rage, un pour le choléra, etc. On transporte les enfants de très loin, souvent, dan» les chapelles renommées, et ils meurent quelquefois du seul voyage. »

Dans sa mémorable campagne, le docteur Brochard a raconté l'histoire de saint Criard. Ce saint est fêté dans le Perche, où il jouissait, vers la fin du second Empire, d'une grande réputation. Le jour de la fête survenu, quel que fût le temps, les nourrices, en grand nombre, apportaient leurs nourrissons devant l'image vénérée du saint. « Ce mouvement inouï de nourrissons à une époque de l'année toujours froide dans le Perche, écrivait le docteur Bro-^ chard, et dans une commune dont l'altitude est relativement grande, occasionne tous les ans, chez les enfants, un grand nombre de bronchites. »

Il faudrait Un volume pour passer en revue les coutumes stupides, les préjugés barbares, les sottes traditions qui mettent en danger la vie des enfants. C'est, d'un pays à l'autre, à travers le monde entier, une émulation de bêtise, un steeple-chase de crétinisme. En Italie, des matrones pétrissent la tête des nouveau-nés pour lui donner une meilleure conformation, des frictions sont pratiquées sur les gencives avec la crête saignante d'un jeune coq pouï" faciliter la dentition.

M™e Laudvin, avec son érudite ingéniosité, avait rassemblé à l'Exposition une très curieuse collection de fétiches et d'amulettes : peau de taupe contre les convulsions, têtes de vipère en collier, pattes 4e taupe enfilées en chapelets, etc.

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