‹ Anthologie du journalisme du 17e siecle a nos joursChapitre 142 sur 185 · PAUL STRAUSS · texte numérisé non relu

PAUL STRAUSS

En voyant ces vestiges de barbarie, on se croirait au centre de l'Afrique eu en Nouvelle-Calédonie, où, d'après Patouillet, la mère va laver le nouveauné dans la rivière voisine, puis le garde auprès d'elle, nu, couché sur le sol ou sur une natte. Le docteur Cône a relevé dans l'histoire générale des voyages que, chez les Hottentots, l'enfant est « nettoyé avec de la fiente fraîche de vache ». Peau de taupe et fiente de vache se valent, et la vieille Europe a ses sauvages !

c Pour lutter contre un si lourd héritage de préjugés et de superstitions, la tendresse la plus inquiète ne suffit pas. L'amour ne confère pas un brevet de capacité. De tout temps, le métier maternel aurait eu besoin d'être enseigné, à plus forte raison depuis qu'une véritable révolution s'accomplit dans les méthodes d'élevage et que le danger de l'infection microbienne est apparu.

... L'école des mères, il n'y a pas à l'improviser, à la construire de toutes pièces, puisqu'elle existe partout où s'ouvre une crèche, un dispensaire, une consultation de nourrissons, partout où se fondent une société protectrice de l'enfance, une société de charité maternelle, une œuvre d'assistance maternelle à domicile. Les femmes du monde ont, elles JIU8SÎ, à agir et à se dévouer, en apportant, avec un subside, la parole réconfortante et le mot sauveur. Ces interventions peuvent revêtir les modalités les plus variées, prendre leur source aux sentiments les plus opposés, pouvu qu'elles aient pour unique objet de leur sollicitude le sauvetage d'un petit être en danger, non moins menacé par l'ignorance que par la misère, et dont la vie ne tient qu'à un fil. Un secours d'argent n'allant pas sans un conseil d'hygiène, l'assistance et l'enseignement se complétant, tel doit être l'objectif passionné de toutes les femmes en quête d'activité bienfaisante.

Peu de débuts littéraires furent aussi brillants que ceux de M. Maurice Barrés. On fut séduit par « son tour de style et d'âme ». Il fut tout de suite tenu pour un rare esprit et un écrivain de race.

Paul Bourget consacra à Sous l'œil des Barbares une importante étude.

On peut se souvenir d'un délicieux article d'Anatole France sur le « moi » de Maurice Barrés, « bouddha littéraire et politique d'une incomparable distinction». La critique de l'œuvre du jeune philosophe était d'ailleurs pleine de sympathie, parce qu'on ne pouvait pas n'être pas sensible à la langue souple, pleine de ressources, qu'il employait : « Son moi, disait-il, a une tendance singulière à se répandre dans l'infini : il est exquis, ce moi, mais d'une délicatesse, d'un vague extrêmes... Une perpétuelle ironie le subtilise et le dévore. C'est un moi fluide et charmant, d'une inquiétante ténuité. Ce moi pensant a l'éclat des nébuleuses et fait songer à ces astres frêles, à ces comètes pour lesquelles la sollicitude des astronomes redoute sans cesse quelque terrible aventure céleste... »

L'influence de M. Maurice Barres sur la jeunesse intellectuelle fut profonde, aux environs de 1889. M. Charles Le Goffic en pénétrait les causes, dans un livre de critique : « C'est qu'en eff'et, ces livres d'art et de passion mettent dans le jour le plus vif les habitudes morales d'une jeunesse d'extrême civilisation, clairsemée dans la foule, assurément, mais qui, si l'on en réunissait les membres épars , apparaîtrait plus compacte qu'on ne croit. »

Puis, de ce dilettantisme, Maurice Barrés passa à des affirmations, de la pensée à la vie, de la pure spéculation philosophique à la politique. Et ce fut alors au journal qu'il eut recours pouç exposer ses idées, qui se ratta-

chaient à un socialisme assez particulier, se prêtant à plus d'une variation, dans la suite. II fut engagé dans des luttes où il attesta sa combativité (il l'attesta aussi au théâtre dans Une Journée parlementaire, satire violente du monde politique). En 1894, il était rédacteur en chef de la Cocarde. Il avait beaucoup écrit aussi au Journal. Ses opinions ne laissèrent pas que de se modifier, en suivant d'autres courants. Il donna plus tard une longue et importante collaboration à l'Echo de Paris. La politique, heureusement, n'absorba pas si complètement Maurice Barrés qu'il ne montrât encore, dans ses romans, la richesse de sa pensée élargie. Député, il est membre de l'Académie française.

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