LES CHRONIQUEURS
Les hommes nés autour de 1830 et arrivés vers 18'i8 à la vie littéraire subirent la loi commune, en croyant l'inventer, comme toujours. Ils furent en réaction contre leurs prédécesseurs. Le phénomène se reproduit tous les vingt ans avec une régularité
«de pendule. On croit que c'est envie. Point du tout, 'Ou du moins c'est envie dans les bas-fonds, chez âes impuissants, et aussi chez les industriels. Chez iDcaucoup, chez la plupart môme, c'est tout autre chose. C'est curiosité de trouver du nouveau, et c'est instinct, excellent, intuition, tout à fait louable, que, ^i Ton respecte les anciens, l'imitation va commencer. Or l'imitation c'est la ruine même de l'art, surtout l'imitation par continuation. Oh! imiter les anciens, ou les étrangers, ou ceux du moyen âge, ou ceux du •dix-septième siècle, ou les Séléniens,ça n'a presque ^ucun inconvénient, par une très bonne raison : c'est qu'on ne les reproduit pas, on ne peut pas les reproduire ; ils vous inspirent, vous mettent entrain, ils sHe vous moulent pas; et il ne faut pas être moulés.
La réaction fut donc vive contre 1830 chez ces jeunes gens nés en 1830. Mais elle fut de plusieurs sortes.
Les uns, et ce furent les plus célèbres, furent réalistes par réaction contre la fantaisie et la fantasia xomantique.
Les autres furent néo-grecs et néo-humanistes, remontant à Chénier et à Ronsard , par réaction contre le médiévisme des romantiques, et ce fut le groupe Leconte de Lisle, dont le Parnasse devait sortir plus tard.
Les autres furent réalistes en vers, peintres dei joies et des douleurs populaires, amis des humbles et des simples, et ce fut le groupe Laurent Pichat, Manuel et autres dont François Coppée, première jnanière, fut le dernier né.
D'autres enfin revinrent directement au dix-huitième siècle par réaction contre les solennels, les -doctrinaires, les majestueux, dont l'époque romantique fut si encombrée. A qui il ne faut pas ressembler, c'est à Alfred de Vigny et à Laprade : cela semblait être leur devise. Ceux-là aimaient Voltaire,