‹ Anthologie du journalisme du 17e siecle a nos joursChapitre 162 sur 185 · ADOLPHE BRISSON 37S · texte numérisé non relu

ADOLPHE BRISSON 37S

juste le papier du lendemain. Quant aux rédacteurs^ ils vivaient d'espérance, en attendant les gros appointements à venir; mais ils avaient confiance or. l'étoile de leur chef et luttaient avec courage. IIsétaient cinq ou six, qu'About avait rassemblés : Francisque Sarcey, chargé de la chronique quoti — dienne; Paul Lafargue, le plus brillant, le mieax . informé des courriéristes parlementaires; Eugène Liébert, La Rounat, Schnerb et deux ou trois autres. Ils se réunissaient chaque soir et « causaient;/ le numéro » avant de l'écrire.

About, à cette époque, jeune, intrépide, bien p&r— tant, ardent à l'ouvrage, étincelait de mille feux et enflammait le zèle de ses collaborateurs. La chance ne tarda pas à se dessiner; quelques polémiques^ quelques campagnes bruyantes forcèrent rattention.du public et gagnèrent ses faveurs. Au bout detroiaans, le XIX^ Siècle, devenu riche, agrandissait sok imprimerie et s'installait rue Cadet en un vieil hôtel obscur et poussiéreux, qiii avait été, pour la cir^ constance, superbement rebadigeonné.

Ce fut la phase glorieuse du journal, son âge hé* roïque, l'âge des batailles pour les immortels prii»» cipes. Le gouvernement de l'ordre moral n'eut pas de plus cruels ennemis que cette demi-douzaine depublicistes retranchés dans leur forteresse et canardant sans pitié les abus de l'administration, le»^fautes de la justice, les empiétements du clergé. . About et Sarcey menaient le branle, l'un décochant.: aux ministres ses flèches empoisonnées , l'autreplaidant avec une verve intarissable la cause de la^ liberté sous toutes ses formes, et traînant après lur. l'innombrable cohorte des instituteurs français.

Peu à peu, la rédaction s'était complétée. A Heory Fouquior vinrent se joindre Ch. Bigot, Ducuing, jorisconsulte et avocat distingué, Raoul Lucet, Abraham Dreyfus, Pellegrin, Charles Martel. De temps

à autre la porte s'entre-bâillait pour laisser entrer un nouveau venu, mais rarement, péniblement. La maison n'était pas hospitalière, ou, du moins, elle choisissait ses hôtes et ne les accueillait pas tous du même sourire.

Il y a plusieurs façons de comprendre la confection d'un journal. Le considérer comme un bazar où chacun, quel qu'il soit, peut venir offrir sa marchandise, comme un établissement commercial, soucieux simplement d'amuser le public et d'encaisser des recettes, comme un magasin de nouveautés peuplé d'un monde de commis et d'auxiliaires, sans autre lien entre eux que l'appât du gain et l'intérêt du salaire; ou bien, voir dans le journal une famille, très unie, très disciplinée, très fermée, englobant dans son sein quelques membres solitaires et triés sur le volet, et n'acceptant, sous aucun prétexte, l'ingérence d'un élément étranger.

Ce sont deux systèmes en présence : le système américain, le vieux système français. Chaque système a ses inconvénients et ses avantages. Le journal américain sacrifie tout à l'information, cherche sans cesse à lancer des pétards; il est d'aspect bariolé; sa rédaction mouvante offre au lecteur une grande variété de signatures et amuse sa badauderie; mais cet ensemble hétéroclite ne présente pas beaucoup de sécurité et ne satisfait pas ceux qui, dans leur lecture quotidienne , cherchent un autre aliment qu'une distraction frivole. Et ceux-là, je vous assure, sont nombreux en France, plus nombreux qu'on ne le croit. Ils ont des principes, des idées arrêtées, des doctrines. Et ils tiennent par-dessus tout à trouver dans leur journal l'écho de leurs propres sentiments. Et il leur plaît de voir ces sentiments exprimés, ces opinions défendues par quelques talents supérieurs, qu'ils honorent de leur sympathie et de leur estime. Un organe comme le

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