‹ Anthologie du journalisme du 17e siecle a nos joursChapitre 171 sur 185 · G. LENOTRE · texte numérisé non relu

G. LENOTRE

à bien des récits : pour tout lecteur de bonne foi, elles n'eu restent pas moins inexplicables. L'esprit se refuse à comprendre comment tous ces hommes de la Révolution, nés le même jour à la vie politique, portés ensemble sur le pavois, liés par la plus étroite solidarité d'opinions et d'intérêts, ne pouvant se tenir debout sur le tas de ruines qu'ils avaient amoncelées qu'à la condition de se serrer étroitement la main et de s'appuyer l'un sur l'autre... l'esprit se refuse à comprendre comment ces hommes, pris d'une sorte d'hallucination furieuse, se haïssent tout à coup, se soupçonnent, se dénoncent,, s'entre-tuent et s'en vont, avec une résignation qui ressemble à du fatalisme, porter leur tête à l'échafaud.

Et la lutte terminée, tout de suite, les historiens se mettent à l'œuvre : dans la fosse commune où dor-> ment les grands morts, chacun va choisir son héros favori, l'exhume, le lave, le nettoie, le parfume, le grime, l'embaume et l'offre en drapeau aux partis politiques. La foule applaudit et se déclare satisfaite; mais ceux qui, moins crédules, ont peine à reconnaître dans ces froides momies les fougueux. et passionnés lutteurs de la Révolution, détournent la tête et se disent : « Ce n'est pas eux ; ils n'étaient pas ainsi tout d'une pièce ; ils avaient des passions, des colères, des faiblesses ; la vie de ces hommes, au milieu de la crise la plus terrible qui ait jamais secoué l'humanité, n'a pu être si unie, si réglée, si réfléchie. S'ils avaient un but, ils s'y ruaient à travers mille obstacles, mille embûches, mille intrigues; leur histoire n'est pas celle qu'on veut nous apprendre : il y a autre chose. »

Tous les hommes d'action de la Révolution, qu'ils soient royalistes ou jacobins, méritaient mieux que des panégyristes ou des détracteurs. Un jour, on se décidera à consi(gner la politique à la porte de l'his*

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toire, à replacer les personnages dans leur milieu, à ne point les isoler sur un piédestal, au-dessus des passions, des préjugés, du bouillonnement d'idées de leur époque; à faire revivre autour d'eux les ■comparses dont ils reflétaient les enthousiasmes, •dont ils redoutaient la haine, dont ils ménageaient les petitesses. Ce jour-là, on reconnaîtra qu'il importe de juger sans idée préconçue, qu'on ne doit point faire un tri parmi les documents, admettant ceux qui plaisent, rejetant ceux qui gênent; mais qu'il les faut accepter tous ou n'en consulter aucun. Et alors, à la place de cette série d'impassibles «tatues offertes à l'admiration de la postérité, les récits de la Révolution nous montreront ce grouillement d'hommes, une mêlée d'intérêts, ce débordement de sève vitale, cette formidable éruption de colères...

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