SAINT-MARC GIRARDIN
c'est le nôtre. La presse est un pouvoir qui gêne la France quand elle veut se reposer; de là son dépit contre elle et le plaisir qu'elle a à la voir maltraiter. Mais elle y revient, parce que c'est le seul moyen d'empêcher qu'avec nos mœurs faciles Tordre ne dégénère en abus établis. Je sais qu'il est difficile à la monarchie de supporter la presse, et à la presse de supporter la monarchie; encore faut-il qu'elles aillent ensemble, en grondant l'une contre l'autre, mais en se tempérant l'une par l'autre. Je ne demande pas à la monarchie et à la presse de s'aimer; je leur demande de se tolérer. Je veux un ménage et non pas un roman. Qu'on le sache bien, au surplus; l'épreuve du retour à la monarchie parlementaire ne sera décisive que lorsque la presse aura recouvré sa liberté légale, c'est-à-dire qu'elle ne dépendra plus que de la loi et des tribunaux. Jusque-là la réforme de 1860 ne sera qu'une espérance à laquelle nous souhaitons tous les succès possibles, mais à laquelle aussi manquera le succès le plus significatif.
(Journal des Débats, 1860.)
Le nom d'Auguste Villemot s'efFace. Il fut pourtant parmi les plus répandus de la presse, et il signifiait bonne humeur, esprit, observation narquoise. Le chroniqueur souriait malicieusement des travers de son temps et il évoquait ses souvenirs de vieux Parisien. Il fut un des principaux rédacteurs du Figaro bi-hebdomadaire. Il collabora à V Indépendance belge, qui donnait une place importante à ses Courriers de Paris, au Soleil littéraire, qui réunissait Jules Noriac, Sarcey, Philibert Audebrand, Eugène Schwob, Rochefort, puis au Temps, où il donnait régulièrement de piquants articles intitulés la Comédie contemporaine. Sa bonhomie lui avait valu de durables sympathies. Il n'eut guère de détracteur qu'en Veuillot, qui écrivait, un jour, que lorsqu'un ingénieur voulait définitivement essayer un pont, il se contentait d'y faire passer un article de Villemot. A ce reproche peu mérité de lourdeur, Tillemot répondit par un portrait de Veuillot, d'une fine raillerie. Ce Parisien verveux disparut avec une époque qu'il avait représentée par quelques-uns de ses meilleurs côtés, le lendemain même de l'investissement de Paris par les Allejnands.