‹ Anthologie du journalisme du 17e siecle a nos joursChapitre 31 sur 185 · JULES FERRY · texte numérisé non relu

JULES FERRY

la destinée qui s'accomplit. Nos reproches contre l'administration préfectorale sont plus positifs et plus précis. Nous l'accusons d'avoir sacrifié d'étrange façon à l'idée fixe et ù l'esprit de système; nous l'accusons d'avoir immolé l'avenir tout entier à ses caprices et à sa vaine gloire; nous l'accusons d'avoir englouti, dans des œuvres d'une utilité douteuse et passagère, le patrimoine des générations futures; nous l'accusons de nous mener, au triple galop, sur la pente des catastrophes.

Nos affaires sont conduites par un dissipateur, et nous plaidons en interdiction.

[Les Comptes fantastiques d'Haussmann.)

J.-A. Castagnary, qui eut une grande autorité comme critique d'art, avait débuté dans Un journal oublié, le Présent, par une étude intitulée Philosophie du Salon de 1851 . Sa doctrine sur la critique était qu'elle devait servir bien plus à dégager les tendances de l'art qu'à classer rigoureusement les artistes. « L'essentiel, écrivait-il, est de reconnaître le courant d'idées qui entraîhe l'art à devenir, comme la littérature, la politique et les sciences, une des expressions immédiates de la société contemporaine. » La nature et la vie, telles étaient pour lui les deux grandes institutrices du véritable artiste. Entre la société et lui il y a mille points communs. S'il veut être compris et aimé, il doit produire des images qui répondent aux idées de la société. Les grands peintres ont peint leur époque. Il faut être de son époque, vivre de ses mœurs et de ses idées.

Castagnary combattit pour nombre de peintres d'abord contestés ou méconnus, dont la gloire est aujour* d'bui universellement reconnue.

En quittant l'étude d'avoué où il avait été principal clerc, il s'était assez vite conquis une situation dans la presse. Il avait fait partie de la rédaction du Siècle ; il avait été critique dramatique de la Liberté, mais c'était à l'esthétique et la philosophie de l'art qu'il revenait. « Il a soutenu et propagé les idées vraies, sûres et élevées dans un langage clair, juste et beau, » a dit Eugène SpuUer en parlant de Castagnary.

L'activité de l'écrivain devait s'exercer aussi dans la politique. Il apportait dans la lutte des convictions démocratiques. Il fut président du Conseil municipal. Il devint conseiller d'Etat, fut chargé, sous le ministère Gambetta, de la direction des Cultes, et un an avant sa mort fut nommé directeur des Beaux-Arts, apportant dans ce poste son libéralisme et son esprit d'initiative.

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